«Dans notre famille, nous sommes passionnés de chevaux. Un esprit «gentleman rider» habite les Rohan depuis toujours.» A 32 ans, Fabrice de Rohan Chabot peut se féliciter de quelques jolis succès: après la mise sur orbite du magazine branché Technikart et son pendant Internet, technikart.com, il vient de lancer, il y a deux mois, zeturf.com en association avec son frère Emmanuel et Laurent Bruneteau, journaliste sur la chaîne Equidia, consacrée au turf. «Nous avons été surpris que personne ne l'ait fait avant nous, confie-t-il. Cela faisait quelque temps déjà que mon frère qui travaillait dans le capital-risque souhaitait monter un projet personnel. Il a trouvé les investisseurs et nous avons lancé le projet après six mois de gestation.» Entre autres services disponibles sur le site: les programmes et pronostics des courses, des «bruits d'écuries», les photos des arrivées ainsi qu'un horoscope donnant les chiffres et les couleurs des casaques porte-bonheur du jour. «Le plus important, derrière la vitrine actuelle, reste le forum de discussion. Notre but est de créer un club permettant le croisement des informations et la création de bases de données», poursuit Fabrice de Rohan Chabot.

En France, sept millions de personnes jouent au PMU. «Nous estimons à 700 000 les parieurs susceptibles d'utiliser le Net», précise le cofondateur du site. Pas question cependant de parier sur zeturf.com: cela reste un monopole d'Etat en France. «La fin des monopoles d'Etat sur les paris est actuellement en discussion au niveau européen. S'ils devaient tomber, nous serions intéressés à développer ce service. Pour l'heure, le PMU devrait ouvrir un accès Internet à la fin du premier semestre auquel on pourra accéder par notre site», explique Fabrice de Rohan Chabot.

Après deux mois d'exploitation, zeturf.com comptabilise 400 000 pages vues par mois. Un succès qui n'est pas sans rappeler celui de technikart.com, le prolongement online du mensuel édité sur papier glacé. Lancé il y a un an, il emploie actuellement dix personnes et enregistre 50 000 visiteurs différents par jour et un million de pages vues par mois, selon le directeur de la publication. Des chiffres d'autant plus appréciables que «nous l'avons développé à la Technikart, sans capitalisation initiale. Petit à petit», souligne Fabrice de Rohan Chabot. Aujourd'hui, outre les articles et liens, le site dispose également d'un «Technishop», d'une émission radio quotidienne et d'informations sur les soirées et lieux où sortir. Outre le succès, un autre lien unit Technikart et zeturf.com: «Au début de Technikart, les annonceurs n'étaient pas toujours présents et les fins de mois s'avéraient parfois difficiles. Les champs de course étaient alors une bonne solution», sourit Fabrice de Rohan Chabot.

Lancé en septembre 1991, le premier numéro de Technikart ne ressemblait alors pas au mensuel de 140 pages couleur d'aujourd'hui. «A l'époque j'étais artiste peintre. J'ai rencontré Guillaume Roquemaurel, aujourd'hui administrateur du magazine, et nous avons créé une association pour promouvoir les jeunes artistes qui n'intéressaient pas les galeries. Nous faisions leur promotion dans des cafés, des boîtes de nuit ou des restaurants, mais sans grand écho. Avec Rafaël Turcat, actuel rédacteur en chef de Technikart, nous avons alors lancé un bimestriel format tabloïd en noir et blanc que nous distribuions dans les galeries de Paris, Bruxelles et Genève. Nous le financions grâce à des événements que nous organisions pour des marques d'alcool et de tabac qui, en échange, passaient de la pub dans nos pages», raconte Fabrice de Rohan Chabot.

En 1994, Technikart entre dans le réseau des kiosques et s'adapte: format classique, quadrichromie et développement du contenu (livres, disques, art, cinéma, société). Aujourd'hui, ses responsables sont parvenus à le positionner sur un cœur de cible dont sont particulièrement friands les annonceurs nationaux qui se pressent au portillon pour passer leurs publicités: les 18-35 ans, prescripteurs, urbains, issus de bonnes catégories socioprofessionnelles. Le titre compte 40 000 exemplaires vendus par mois sur le territoire français et salarie dix personnes. Fabrice de Rohan Chabot souhaite maintenant lancer une chaîne de télévision façon Technikart grâce au satellite. Après de premiers essais depuis le site du magazine qui retransmettait trois minutes d'émission quotidiennes, c'est aujourd'hui avec TPS que discute le titre. «Nous cherchons encore des investisseurs. Notre portefeuille de lecteurs montre qu'il y a une forte demande pour un programme axé autour de la culture et des faits de société. M6 et NRJ qui diffusent de la culture de masses ne satisfont pas notre public aujourd'hui», commente Fabrice de Rohan Chabot qui annonce le lancement de sa chaîne pour septembre 2001.