La situation financière du Courrier est à nouveau délicate. Le quotidien genevois, qui vit depuis plusieurs années sous perfusion, n'arrive plus à accroître le nombre de ses abonnés sur Genève, contrairement à ces dernières années où le nombre d'abonnements est passé de 5900 en juin 1996 à 8500 à fin 1998. Le Courrier a perdu une soixantaine d'abonnés depuis le début de cette année. Certes, cette perte est compensée par des gains en terres vaudoise et valaisanne (environ 220 nouveaux abonnés), mais cela reste insuffisant. Les responsables du journal tablaient en effet pour cette année sur un millier de nouveaux abonnés, soit la même progression qu'en 1998. Ils n'y arriveront pas.

Régulièrement jusqu'ici, le déficit du courrier a été épongé par une souscription publique et par les apports de partenaires réguliers comme la Fédération genevoise de coopération et le groupement Architrave qui rassemble des personnalités soucieuses de maintenir la diversité de la presse. Ces «perfusions» ont rapporté 628 000 francs en 1997, 517 000 en 1998 et devraient se réduire à 470 000 francs cette année. Comme l'écrivait hier le rédacteur en chef Manuel Grandjean dans Le Courrier en présentant les chiffres du journal, «les résultats de la souscription 99 ne sont pas brillants: seuls les deux tiers de l'objectif du printemps ont été atteints».

Manuel Grandjean, qui remplace depuis peu Patrice Mugny, se veut cependant optimiste. «Cela fait plusieurs années que notre situation financière est délicate et que l'on nous prédit un arrêt imminent. Or, nous avons toujours réussi à nous en sortir en croyant en notre survie et en nous jetant à l'eau. Par ailleurs, les sommes en jeu sont assez faibles. Le Courrier risque-t-il de disparaître parce qu'il a un trou de 200 000 francs? Je ne le crois pas!»

Outre ses soucis financiers, le quotidien genevois va devoir affronter l'an prochain un défi technique important. Depuis de très nombreuses années, Le Courrier est en effet imprimé à Fribourg sur les presses de La Liberté. Le quotidien fribourgeois fournit par ailleurs la moitié des pages rédactionnelles de son petit frère genevois et lui assure un soutien technique pour l'autre moitié. Tout cela pour environ 900 000 francs par année, soit un prix de faveur. Du côté fribourgeois, ce soutien financier était de plus en plus discuté. L'Imprimerie Saint-Paul, éditeur de La Liberté, et les dirigeants du Courrier ont donc décidé «en commun» de revoir leur collaboration. L'impression du journal genevois va donc quitter Fribourg et devrait se faire dans une autre imprimerie, probablement à Genève. «Une imprimerie dont la taille est beaucoup plus adaptée à celle du titre», écrit ainsi Manuel Grandjean dans l'édition d'hier de son journal. Editeur de La Liberté, Albert Noth relève pour sa part que Le Courrier, dont le tirage est inférieur à 10 000 exemplaires, n'avait pas besoin d'une «artillerie aussi lourde» que celle que lui offrait l'imprimerie fribourgeoise. Tiré sur des installations plus modestes, le journal verrait la facture imprimerie passer à moins de 700 000 francs.

Les 200 000 francs ainsi économisés permettront au Courrier d'une part de renforcer son équipe technique pour assurer désormais la fabrication de ses propres pages et d'autre part de payer à la rédaction de La Liberté une centaine de milliers de francs environ pour les pages qui lui sont fournies. «Ces mesures, écrit encore Manuel Grandjean, devraient permettre de limiter les coûts de production du journal. […] Cette option permet enfin d'établir des liens plus équilibrés avec La Liberté.» Cette nouvelle organisation passe par un engagement encore plus important de l'équipe du Courrier: «C'est un pari, mais il peut être tenu», relève le rédacteur en chef.

L'an dernier, le quotidien genevois a lancé un vaste programme d'investissements avec le développement de la couverture rédactionnelle en Valais et dans le canton de Vaud. Cet accroissement des charges financières a encore creusé ce que Le Courrier appelle le «déficit économique». Ce dernier est passé de 527 000 francs en 1997 à 610 000 en 1998. Et pour cette année, le trou se creuse encore puisqu'il devrait dépasser les 700 000 francs. Pour compenser ces pertes, Le Courrier devrait trouver dans les six prochains mois plus de 450 nouveaux abonnés. «Nous devons absolument accroître nos recettes, explique Manuel Grandjean. L'essentiel pour nous est de réduire notre déficit économique et de revenir aux résultats de 1997. On ne pourra pas en l'an 2000 se permettre un accroissement des pertes.»

Sur le plan rédactionnel, Manuel Grandjean veut se distancier quelque peu de son prédécesseur: «La ligne ne va pas changer, mais le ton par contre devrait un peu évoluer. Le Courrier doit rester un journal d'opinion mais nous devons également être irréprochable et exigeant du point de vue journalistique. Je souhaite ainsi que l'on différencie mieux les faits et les commentaires. Par ailleurs, pour faire passer nos opinions, nous devons être moins dogmatique et moins exclusif. Il faut convaincre et non seulement vaincre! L'aspect pédagogique est important.»