Parce qu'il jouit d'un monopole de fait et de tranche-horaire, le Téléjournal bénéficie du plus fort taux d'audience de toutes les émissions de la TSR. Cette assurance tout risque fait que certains critères sont pris en compte dans la désignation du présentateur du TJ qui vont largement au-delà de ses compétences, notamment la séduction et l'âge, qui n'ont pourtant jamais fondé une crédibilité.

Quelle que soit sa carrure professionnelle, le public romand, bon prince, s'attache à la personne qui, soir après soir, entre dans son salon pour lui raconter les grands et petits faits du village global ou voisin. On l'a vu avec Murielle Siki «dont on appréciait tellement la bonne prononciation», avec Manuelle Pernoud, «si bien élevée», avec Jean-Philippe Rapp, «si sympathique». C'est si vrai qu'on les croyait irremplaçables. Or, sauf prestations comparables dans une autre émission-phare (voir Pierre-Pascal Rossi avec Passe-moi les jumelles), on les a quasiment oubliés. Comme, et j'en demande pardon à ses admiratrices de l'heure, on oubliera le beau Massimo Lorenzi et, à terme, la très sucrée Romaine Jean - à moins qu'elle renoue avec l'excellence pointue qui était sienne jadis à Berne.

Malgré ce public acquis d'avance au TJ, les décideurs de la TSR devraient s'interroger sur les qualités qui donnent leur vraie carrure à un présentateur, ou à une présentatrice de ce qui est de l'information avant d'être du spectacle, n'en déplaise aux promoteurs de l'infotainment. La débâcle du Journal de 20 heures de France 2 qui, lui, a affaire à la concurrence montre bien qu'un journal, pour se vendre, requiert plus qu'une bonne bouille ou un joli minois.