«Vous trouvez vraiment que cela reste sévère?» Marie-Pierre Dupont, la rédactrice en chef de Femina, écrase sa cigarette, feuillette rapidement son magazine, montre les différences. La nouvelle formule de l'hebdomadaire paraît ce week-end, comme d'habitude dans Le Matin Dimanche, qui lui n'a pas encore opéré une mue très attendue.

Le Femina nouveau ne fait pas de révolution. Ses lectrices – et ses lecteurs, puisqu'il y en aurait 40% – ne se sentiront dépaysés ni par le contenu, ni par la maquette rajeunie, due à deux jeunes graphistes, Jérôme Curchod et Chatty Ecoffey. Il y a la mode, la beauté, la psycho, ces vaches sacrées. Toute la partie services (travail, droit, relations parents-enfants), elle, a été refondue dans une formule plus concentrée. On dit que la direction des publications du groupe Edipresse aurait souhaité au départ de plus grands changements. Après une pause, la rédactrice en chef concède qu'il a fallu «négocier». «Que voulez-vous, on ne réinvente pas la roue tous les jours», s'exclame celle qui, depuis des années, réussit à ce que Femina lui ressemble.

Femina, d'abord, c'est une institution: 250 000 exemplaires qui traînent sur la table du salon des Romands. Un article sur les échangistes et les familles protestent. «C'est un journal populaire, avec un énorme capital de sympathie, alors vous ne pouvez pas le changer totalement.» L'arrivée sur le marché de nouveaux magazines féminins, Edelweiss et Profil Femme, n'a pas davantage influencé Femina. Ce ne sont pas des hebdos, ils sont très ciblés, plus mode, plus haut de gamme, bref ils s'adressent à des femmes entre 25 et 40 ans qui ont de l'argent. Comment voulez-vous cibler avec un demi-million de lecteurs?

«Mon ambition a été, tout en cherchant une forme plus ludique, à garder un fond solide. Pas du féminin traditionnel entièrement tourné vers les choses pratiques ou vers la séduction, mon corps, mon mec, mon ventre. Mais une «info femmes», pour les encourager à conquérir, à prendre confiance. On nous trouve un peu féministes, mais j'y tiens.» Les reportages sur les Afghanes et les Iraniennes aussi, Marie-Pierre Dupont y tient. On ne peut pas ignorer ce qui se passe dans le monde. Mixer tout cela avec des fonds de teint et de la mode pour jouer les belles gitanes, c'est le délicat équilibre que recherche une rédaction comptant une vingtaine de collaboratrices.

Femina continuera à ne pas faire dans le people. Les heurs et malheurs des Knie-Grimaldi, L'illustré fait ça très bien. «Les pages nous sont comptées, ce serait des reportages en moins.» Marie-Pierre Dupont n'en rêve pas moins parfois à plus de légèreté: «Il est plus difficile de faire des sujets légers que des graves. On a un côté assistant social en Suisse romande, il faut toujours qu'il y ait un problème pour que cela fasse un sujet.»

Dans le trio du dimanche, chaque titre chante sa chanson, les consultations sont lâches. Et puis, ajoute Marie-Pierre Dupont, «Le Matin, je le dis très gentiment, c'est un journal de mecs.» Il n'a jamais été question que les nouvelles formules paraissent simultanément. Que Femina soit distribué depuis quinze ans à une clientèle captive (la rédactrice en chef ne saurait pas dire combien de lecteurs achètent le paquet du dimanche pour Femina) ne dérange pas Marie-Pierre Dupont. Elle voudrait plus de pages, plus de moyens. Mais sa grande frustration depuis toujours, ce qu'elle n'a jamais réussi à faire bouger, ce sont les délais, qui empêchent toute prétention à l'actualité. Il faut envoyer les premiers articles dix-sept jours à l'avance, l'édito huit à neuf jours, alors qu'il n'y a plus que cela à plaquer. «On doit passer à l'imprimerie avant Télé-Top Matin, peut-être que la télé est plus importante que les femmes?»