Ce lundi, Kim Schmitz, alias Kim Dotcom, et ses acolytes Bram van der Kolk, Finn Batato et Mathias Ortmann devaient à nouveau comparaître devant la justice néozélandaise. Appréhendés vendredi à Auckland, les responsables du site Megaupload sont toujours réclamés par les Etats-Unis, qui exigent leur extradition après avoir obtenu la fermeture du site et une saisie d’une partie de leurs serveurs. Alors qu’en représailles, le collectif Anonymous s’est attaqué aux sites du FBI, de Sony et peut-être bientôt de Facebook, explications en cinq réponses.

Que représentait Megaupload?

Megaupload était le 91e site le plus visité au monde avec 34 millions de visiteurs uniques et 500 millions de pages vues, selon les statistiques de Google. Selon les responsables de Megaupload, le site représentait à lui seul 4% du Web et rassemblait chaque jour 50 millions d’utilisateurs désireux de partager chansons et vidéos. Selon le FBI, Kim Dotcom et sa bande auraient gagné 175 millions de dollars avec leurs activités, causant un préjudice de 500 millions de dollars à l’industrie du cinéma et du disque.

L’opération américaine était-elle légale?

Les enquêteurs du FBI se sont appuyés sur le Digital Millenium Copyright Act (DMCA) adopté sous l’administration Clinton en 1998, qui permet de frapper un service détournant une technologie en vue de pirater des contenus protégés. De plus, les responsables de Megaupload sont accusés de n’avoir quasiment rien fait pour ôter des contenus litigieux de leurs serveurs, d’avoir incité leurs clients au piratage et d’avoir effectué du blanchiment d’argent sale.

Le FBI a fait saisir certains serveurs de Megaupload abritant des millions de films, photos et chansons. Mais de loin pas tous. Pour que son action soit efficace, il a tiré la prise sur le «.com» de Mega­upload. Facile, car les 95 millions d’adresses en «.com» sont gérées par Verisign, entreprise basée en Californie. De nombreuses voix se sont élevées contre cette mainmise américaine sur le Net, le FBI ayant ainsi un pouvoir direct sur 95 des 200 millions de sites web. En 2010, les autorités américaines avaient «débranché» par erreur 84 000 sites lors de l’opération «In our sites» destinée à fermer des sites liés à la pornographie.

Ce qui inquiète aussi, ce sont les dégâts collatéraux causés vendredi. «Je crois qu’il n’y a aucun doute qu’au moins certains, peut-être beaucoup, des contenus chargés sur le site étaient parfaitement légaux. Si j’étais un utilisateur de base et que cette opération m’avait fait perdre mes photos de vacances, je serais assez furieuse», a affirmé à l’AFP Corynne McSherry, responsable des questions de propriété intellectuelle à Electronic Frontier Foundation (EFF), un organisme de défense des droits des internautes

Qu’en pense l’Union européenne?

L’Union européenne «ne bloquera jamais Internet» pour faire respecter le droit d’auteur au mépris du respect de la liberté des internautes, a déclaré dimanche la commissaire européenne chargée de la Justice, Viviane Reding. «La protection des créateurs ne doit jamais être utilisée comme un prétexte face à la liberté de l’Internet», a-t-elle poursuivi, faisant remarquer que la question de la liberté d’Internet faisait actuellement l’objet «d’un vif débat».

Quelles conséquences pour les nouvelles lois américaines?

Vendredi, à Washington, face à la levée de boucliers de Google, Wikipédia, la fondation Mozilla et de dizaines d’autres sociétés, sénateurs et membres du Congrès ont dû faire marche arrière. L’examen et le vote sur deux nouvelles lois anti-piratage («Stop Online Piracy Act» et «Protect Intellectual Property Act») ont dû être repoussés. En substance, ces deux textes prévoient que des sites accusés de violer le droit d’auteur ne pourraient plus être référencés ni même accessible via des fournisseurs d’accès américains. Il est possible que de versions édulcorées de ces lois reviennent sur la table.

Megaupload aura-t-ildes successeurs?

Il y a de nombreux sites concurrents qui pourraient être plus difficiles à faire fermer, tels Hotfile (basé au Panama), Netload (Allemagne), Filesonic (Hong­kong et Grande-Bretagne) ou encore Rapidshare (Suisse et Chine). A priori, il suffit pour l’heure de passer par une autre extension de domaine que le «.com» pour être protégé d’un raid américain.