Après plus de deux ans de surperformance des grandes capitalisations suisses, les petites et moyennes capitalisations reviennent sur le devant de la scène. Ce renversement de tendance a commencé au printemps 2013 et s’est poursuivi durant l’automne. Ainsi, les cours en bourse des titres des grandes entreprises helvétiques ont progressé de 3,2% de fin mai à fin décembre 2013, alors que la hausse a été de 12,9% pour le segment des moyennes capitalisations et de 14,5% pour celui des petites sociétés. Les perspectives sont bonnes et il semble opportun de continuer à privilégier ces deux segments.

Ce retour en force s’explique par plusieurs facteurs. Le premier est naturellement l’amélioration progressive de l’environnement conjoncturel dans la zone euro. Si cette dernière devrait avoir bouclé l’année 2013 sur une baisse de son activité de 0, 4%, après un repli de 0, 6% en 2012, elle devrait connaître une croissance de 1% cette année, selon les prévisions d’automne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les investisseurs anticipent que l’effet sera plus visible dans les comptes des petites et moyennes entreprises, plus cycliques du fait qu’elles déploient leurs activités dans des marchés de niche en fonction de leur spécialisation géographique ou de leur gamme de produits. Elles sont notamment actives dans des secteurs industriels et technologiques, dans les matériaux de base, voire dans les services aux consommateurs.

A l’inverse, les actions défensives sont surreprésentées dans l’indice des blue chips helvétiques, le Swiss Market Index (SMI), dont plus de la moitié de la capitalisation est constituée par les industries alimentaire, pharmaceutique et des télécommunications. Au final, pour 2014, les analystes tablent en moyenne sur une progression des bénéfices par action d’environ 10% pour les grandes entreprises, contre près de 14% pour les sociétés de taille moyenne et quelque 24% pour celles de petite taille.

Valorisation plus attrayante

De plus, les petites et moyennes capitalisations sont comparativement moins chères. Après deux années de surperformance de leurs grandes sœurs, leur valorisation est plus basse. Par exemple, si l’on considère le rapport entre le cours et le cash-flow par action, les sociétés de petite taille sont valorisées à quelque 10 fois leur cash-flow contre un multiple de 13 pour les grandes, et ce, alors que leurs perspectives de croissance bénéficiaire sont significativement plus favorables. En d’autres termes, les blue chips sont actuellement plutôt surévaluées. Cette décote est aussi visible dans le ratio entre le cours et la valeur d’actif net par action (rapport «price to book»): le multiple attendu pour 2014 s’inscrit à 1,8 pour les petites et moyennes capitalisations, alors qu’il est proche de 2,5 pour les grandes entreprises.

Un autre élément qui devrait avantager les petites et moyennes sociétés est à rechercher sur le marché des changes. Globalement, celles-ci sont plus sensibles aux fluctuations de l’euro qu’à celles du dollar. Or, la Banque nationale suisse ayant confirmé en décembre dernier le cours plancher de 1,20 franc contre l’euro, une plus grande exposition à cette monnaie plutôt qu’à un billet vert actuellement affaibli constitue un moindre handicap. En comparaison, les grandes valeurs pharmaceutiques et alimentaires du SMI sont beaucoup plus dépendantes de la devise américaine.

Surperformance historique

A cela s’ajoutent les facteurs fondamentaux qui expliquent la surperformance des petites et moyennes capitalisations sur le long terme, illustrée par une progression des cours en quinze ans de respectivement 323% et 138%, contre 67% pour les grandes entreprises. Mis au second plan en période de remous économiques, ils sont à nouveau présents avec l’amélioration de la conjoncture. Par exemple, une orientation vers des marchés de niche confère aux petites et moyennes capitalisations un potentiel de développement plus intéressant, alors que les grandes entreprises, déjà diversifiées, se démènent sur des marchés mondiaux saturés et très compétitifs. Les derniers résultats de plusieurs représentants du SMI illustrent d’ailleurs la difficulté que rencontrent les grands groupes internationaux pour croître plus rapidement que l’environnement dans lequel ils évoluent.

Enfin, une autre source importante de surperformance est liée aux fusions et acquisitions. Durant les années précédant la crise, la Commission des OPA recensait une dizaine d’offres publiques d’achat (OPA) par an (auxquelles s’ajoutaient une quinzaine à une trentaine de programmes de rachat d’actions). Si la crise a fortement ralenti l’activité dans ce domaine, plusieurs offres récentes semblent indiquer que la pause est terminée. Or, la taille joue ici un rôle significatif: la probabilité de voir une société faire l’objet d’une OPA est, par nature, plus élevée au sein de l’indice des petites et moyennes capitalisations. Et l’actionnaire de la société acquise bénéficie souvent d’une prime, payée par le repreneur, par rapport au cours boursier.