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Fin du string, début du boxer à la Wawrinka

Depuis 2005,on annonce la mortde la culotte ficelle. Pendant ce temps,le short mou du vainqueur de Roland-Garros devient hype

Marabout, bout de ficelle. Le string est mort! On lui préfère désormais le shorty, plus cool; les culottes sculptantes, invisibles et sans coutures; les tangas, plus couvrantes mais tout aussi sexy; les grandes culottes en coton bio, idéales pour circuler à vélo, et même la gaine façon Mad Men ou Dita von Teese.

L’agonie du string aura été longue. Les professionnels du textile nous annoncent sa disparition, chaque année, depuis 2005. Mais cette fois-ci, il y a des preuves: sa vente est en très forte décroissance, les salons de lingerie l’ont mis au pilori, la presse féminine n’en veut plus pour ses séances photos et, preuve par l’image, Sophie Marceau n’en portait pas en montant les marches à Cannes. Cécile Guérin, directrice du Salon de la lingerie de Paris l’affirme: «Le string est encore perçu comme un objet sexy, apprécié par 54% des hommes, mais il n’est ni pratique, ni confort. Pire, il n’est plus mode.» Aïe! On veut bien que l’objet soit inconfortable mais qu’il rejoigne le top five des has been, avec la coupe mulet, le sac banane ou la chemise hawaïenne, c’en est trop. D’autant que, pendant que le string entre au purgatoire, les trois autres – oui, même la coupe mulet! – en sortent, aidés par la nostalgie, le meilleur de tous les services de presse.

Né dans les 1970, consacré dans les années 1990, le string aura quand même duré quarante ans. Il en faudra peut-être autant pour qu’il revienne dans nos vestiaires, le temps que la honte s’efface, remplacée par l’émotion du souvenir ou le piquant du second degré.

La honte, justement, c’est ce dont aurait dû se couvrir Stanislas Wawrinka, à en juger par les réseaux sociaux au début du tournoi de Roland-Garros. Comment ose-t-on porter un tel accoutrement? Son short «trois en un» a fait gazouiller l’oiseau Twitter plus encore que son revers à une main. La police du goût le jugea «hideux». Mais c’était avant…

«Ce qu’on te reproche, cultive-le, c’est toi.» Wawrinka a suivi à la lettre les recommandations de Cocteau. Il a non seulement assumé son choix – «Je l’aime bien, moi, ce short» – mais il l’a promu au rang de fétiche en le déposant au sommet de la Coupe des Mousquetaires, puis, en conférence de presse, en lui attribuant une part de sa victoire. Son équipementier japonais n’en attendait pas tant. Et malheur au pauvre Benlosam, blogueur sportif, qui a titré dans le magazine L’Express : «Wawrinka, un gros plouc en finale à Roland- Garros». Son analyse de la «plouquitude» relevait plus du dépit amusé que de l’insulte, mais son humour lui a valu un carton rouge. Le chroniqueur passe pour le plouc et replouc des réseaux sociaux, et Wawrinka pour un dandy qui a tout compris du conformisme de l’âme humaine: «Quand un objet est laid, rends-le célèbre: il deviendra beau.»

On a senti le vent tourner en faveur de Wawrinka dès sa demi-finale gagnée contre Tsonga. A la moquerie a succédé une sorte de fascination. Et si cet affreux short était doté d’un pouvoir surnaturel? Et si cet imprimé «Cochonou» était en fait un motif d’initiés provoquant, par un jeu savant de superpositions de lignes, des effets hallucinatoires? Une petite annonce a d’ailleurs tourné en boucle sur Twitter: «Ce short va gagner Roland-Garros, créé par des marabouts africains, il est censé rendre dingue ses adversaires.»

Aujourd’hui, le short est devenu hype. Dimanche soir, Twitter brodait mille fantaisies autour de la relique: et si on en faisait la trame du nouveau drapeau suisse? Et si on habillait Darius Rochebin du même carrelé? «Je suis Stan», suggère de son côté l’humoriste Pascal Bernheim, qui reprend l’imprimé pique-nique en couverture de sa page Facebook, tandis que des internautes, en souvenir de la polémique sur la couleur de la robe bleue ou jaune, assurent avoir vu que le fameux short était noir.

Maintenant que Roland-Garros est terminé, on peut bien le dire. Ce boxer-pyjama est adorable. Il ne met de complexes à personne, on ne voit pas les taches, il est champêtre, cool, enfantin comme la salopette de Petzi. Car, on s’est trompé dès le début: ce n’est pas le short qui pose problème – même s’il tire-bouchonne –, c’est le ­t-shirt qui va avec.