Bill Gates peut dormir tranquille. Archi-dominateur sur le marché des navigateurs web, son Internet Explorer n'est pas près d'être détrôné. Jusqu'à présent quasi inexistante, la concurrence sur ce marché très difficile commence pourtant à se manifester. La semaine passée, Mozilla lançait la version définitive de son propre navigateur, Firefox, fonctionnant sous Windows, OSX d'Apple et Linux. Bâti sur les ruines de Netscape, ce logiciel possède suffisamment d'atouts pour inciter certains internautes à quitter le logiciel de Microsoft – et celui-ci à l'améliorer.

L'histoire de Firefox, dont le développement aura duré dix-neuf mois, a été agitée. Le logiciel puise ses racines dans Netscape, le navigateur longtemps numéro un du marché. Laminé en quelques mois par la puissance marketing de Microsoft, Netscape avait été transféré dans le domaine public, afin qu'il soit amélioré par n'importe quel développeur. Le logiciel fut ensuite racheté par AOL, qui confia son développement à Mozilla, devenue une fondation indépendante. Après dix-neuf mois de gestation, Firefox vient donc d'être lancé en version 1.0.

Qu'apporte de nouveau ce navigateur? Un poids plus léger, d'abord. Firefox, dont le téléchargement est bien sûr gratuit, pèse 4,5 Mo, soit environ dix fois moins qu'Internet Explorer (IE). Il permet d'utiliser des raccourcis utiles, tel «CTRL – enter» pour compléter une adresse web, ou «CTRL – T» pour ouvrir une nouvelle fenêtre. C'est d'ailleurs l'un des points forts de Firefox. Plus besoin de naviguer entre plusieurs fenêtres, comme c'est le cas actuellement avec IE. Son challenger ouvre plusieurs sites au sein d'une même fenêtre, visibles sous la forme d'onglets. La navigation en est facilitée. Firefox permet également une recherche facilitée via Google, Yahoo! ou encore eBay, via une petite fenêtre en haut à droite de l'écran, complètement paramétrable.

La sécurité est l'autre point fort de Firefox. Le navigateur bloque d'office toutes les fenêtres en pop-up. Certes, IE le permet aussi, mais seulement pour les utilisateurs qui ont téléchargé le Service Pack 2 pour Windows XP. De plus, Firefox bloque l'exécution de code en Javascript, ce qui permet d'éviter que des programmes malfaisants ne se chargent lors de la consultation de pages web. Certains de ces programmes enregistrent par exemple ce que tapent les internautes sur leur clavier. Du fait de sa diffusion, IE est logiquement devenu la cible des pirates informatiques désireux de profiter des multiples failles de sécurité du programme. Microsoft a certes réussi à résoudre une grande partie des problèmes avec le lancement de son Service Pack 2, mais Firefox semble pour l'heure plus sûr.

Firefox comporte aussi des points faibles. Il charge les images plus lentement qu'IE, ne s'intègre pas bien avec Outlook, et surtout affiche mal certaines pages web logiquement dessinées pour IE. Firefox est rapide à télécharger, mais la médaille possède son revers: il faut télécharger manuellement Flash, Shockwave ou encore Java Virtual Machine lorsque des sites exigent ces logiciels.

Malgré ses défauts, Firefox semble prêt à tenir la dragée haute à IE, dont Microsoft ne se préoccuperait plus guère du développement, selon plusieurs internautes critiques. Actuellement, IE détiendrait 92,9% du marché outre-Atlantique, contre 6% pour Firefox, Opera et Safari se partageant les miettes, selon la firme de recherche américaine WebSideStory. Téléchargé plus de sept millions de fois, Firefox devrait atteindre les 10% de parts de marché en Amérique du Nord fin 2005, prédit Mozilla. La fondation veut désormais se développer dans trois directions. La navigation sur téléphones mobiles, grâce au développement de Minimo, une version mobile de Firefox, auquel Nokia a déjà apporté son soutien. Mozilla pourrait aussi s'associer à Google pour combiner recherche sur le Web et sur l'ordinateur. Enfin, la fondation va tenter de convaincre les fabricants d'ordinateurs de livrer Firefox d'office. Un pari extrêmement difficile, ceux-ci demandant aux fabricants de logiciels de les payer pour cela.