Davos a offert à la télévision un festin de choix. La mondialisation est un phénomène diffus et complexe, et pourtant, grâce à ses caméras, la Télévision suisse romande a réussi à la mettre en boîte. Quel tour de force! Les images sont là pour le prouver, et la démonstration est implacable. La globalisation qui est incarnée à Davos, ce n'est finalement qu'un groupe de contestataires laissé en plan sur une aire de parking. C'est un mur de policiers armés jusqu'aux dents, protégés pas des boucliers en rotin. Mais c'est aussi la neige qui tombe. C'est un berger allemand qui aboie à côté d'un véhicule blindé. C'est une voiture qui s'embrase à Zurich. C'est une nouvelle fois la neige qui tombe. On n'a vu que ça, ou plutôt, on n'a rien vu d'autre. Emballé, c'est pesé! Des gens vrais avec de la vraie neige dans des situations vraies. Du concret, comme on dit. En regardant le TJ Soir, on se rend vite compte que la mondialisation, ce monstre abstrait, engendre la violence et rend les hommes méchants. A cause de la «globalisation», la belle et paisible nature des Grisons fait place à une nature humaine violente et fasciste. Ca cogne, ça crie, ça casse. Une chose est sûre: à ce forum, ça ne discute pas. «Circulez, y'a rien à voir!» Il n'y a rien à voir et pourtant tout est filmé. Et ce repas de choix nous a été servi tous les soirs sur un plateau à 19h30. Pendant cinq jours, la TSR nous a donné les outils critiques pour mieux comprendre ce phénomène exposé à Davos. Maintenant, je sais que la neige tombe et qu'elle est blanche.