Quoi de plus lisse et souriant qu'un séminaire de relations publiques? Avec leur don unique pour enrober l'information, les RP sont capables de rendre soporifique n'importe quelle réunion. Même celle organisée par leur propre association et intitulée: «La Suisse en crise d'identité et en perte d'image. Faut-il décréter l'état d'urgence des relations publiques?» Or c'est tout le contraire qui s'est produit: le séminaire, organisé il y a dix jours à Oerlikon, a dérapé.

Tout avait pourtant bien commencé. Peter Knobel, président de la commission du registre professionnel, a procédé à une autoflagellation de premier ordre. «Ce ne sont pas les banques qui sont responsables de la mauvaise image de la Suisse, a-t-il lancé aux 300 professionnels de la salle. Mais c'est nous, les RP, qui n'avons pas réagi.» Et de fustiger les médias américains, dont les stories favorisent le cynisme et l'information qui rapporte, pour mieux affirmer que les RP ne devaient pas attendre de recevoir de mandat pour redresser l'image de la Suisse. «Attribuons-nous le mandat à nous-mêmes!» a conclu le bouillant communicateur.

Jacqueline Fendt a pris le relais. Mais son exposé rappelait furieusement les dizaines d'autres que la directrice d'Expo.01 donne un peu partout. Un catalogue alléchant de tout ce que serait l'Expo (de la culture à dimension politique, économique et scientifique, une source de pensée nouvelle, un camp d'entraînement, un bouillon de culture, etc.) mais rien sur l'image de la Suisse. Il faut insister en aparté pour savoir ce qu'en pense Jacqueline Fendt: «On ne peut pas se faire aimer si on ne s'aime pas soi-même, dit-elle. La Suisse doit trouver un comportement sain avec elle-même, comme la Hollande, le Danemark, la Suède. Arrêter de se croire meilleure. Elle pourra alors communiquer la bonne image.»

Moins exalté, Ulrich Pfister, directeur des affaires publiques au Credit Suisse. Avantage: c'est le seul banquier à avoir accepté de s'exprimer après le refus sec de douze de ses confrères. Inconvénient: il n'a pas dit grand-chose. «Il n'y a pas de perte d'image de la Suisse. L'image extérieure (Cervin, comptes numérotés, chocolat) est intacte. Seule l'image que nous nous faisons de nous-même a peut-être changé.»

Ces généralités ont au moins eu l'avantage de faire sortir Adolf Muschg de ses gonds. Au lieu du discours préparé sur la Belgique (où il voulait montrer qu'elle resterait le pays de Dutroux), l'écrivain a improvisé. Pour fustiger la fiction d'une Suisse toujours innocente, pour réclamer la fin du gouvernement de consensus. «Je rêverais que l'on mette Blocher au pouvoir, pour voir où cela nous mène.»

A cet instant, un vieux monsieur s'est levé au premier rang pour aller photographier l'orateur. «Monsieur Rothenhäusler, lui a lancé Adolf Muschg, je refuse d'être photographié par vous!» Le vieillard, un ancien de la Mob qui poursuit l'écrivain dans tous ses déplacements et qui ne cesse de s'insurger contre ceux qui diffament la Suisse, ne s'est pas laissé impressionner. Le flash est parti. Muschg, visiblement agressé, est devenu à son tour plus agressif. «Nous recevons la note à payer pour une histoire que nous avons faussement racontée et vous voudriez corriger cela par une correction d'image? Je préfère nos mugissements de douleur qui sont, pour moi, un signe de vie.»

Là-dessus, l'intervention d'Annemarie Meier a paru légère. La responsable à Paris de Suisse Tourisme avait un seul message: la Suisse doit se mettre à sourire. «En France, rien ne fonctionne, mais c'est tellement plus sympa d'être accueilli par quelqu'un de bonne humeur!»

Enfin, Thomas Borer a justifié l'engagement par le Conseil fédéral d'une entreprise de RP aux Etats-Unis, pour 500 000 dollars par an. «Mais vu le peu d'histoire suisse que connaissent les Américains, vu les simplifications extrêmes des médias, vu le carnet d'adresses dont disposent ces firmes de RP, cet investissement est nécessaire», a estimé l'ambassadeur.

Une question est venue de la salle: «Monsieur Borer, vous dites que les Suisses sont incapables de communication symbolique. D'où la sécheresse de nos discours et les problèmes aux Etats-Unis. Mais ne pensez-vous pas qu'en Suisse aussi, il y a 50% de gens qui pourraient comprendre un discours avec plus de gestes et de sentiments, parce qu'ils sont d'un bon niveau d'éducation et culturellement progressifs?» Et Thomas Borer de répondre en faisant rire tout le monde: «Vous avez parfaitement raison, Madame. Mais mes patrons ne font pas partie de ces 50%.» «Mais alors pourquoi ne pas afficher votre dissidence d'avec le Conseil fédéral?» demande un autre participant. «Parce que je ne suis que fonctionnaire», répond-il.

Ces audaces, pourtant, ne règlent pas le problème de fond: faut-il décréter l'état d'urgence des relations publiques? A en croire l'ambassadeur, c'est trop tard. «Certaines organisations juives ne veulent plus d'informations historiques ou de débat philosophique. Elles veulent seulement de l'argent.»

Le dollar, la meilleure publicité?