«Globo, c'est plusss le Brééésil!» Le slogan de la toute puissante chaîne privée brésilienne illustre parfaitement le joyeux nationalisme qui s'est emparé du pays à l'occasion du Mondial. Le canal qui rassemble plus de 50% de l'audience, répète sans fin «Globo é mais Brasil».

Au cours de la demi-finale Brésil-Pays-Bas, mardi soir, les centaines de spectateurs réunis à Copacabana ont hué une chaîne concurrente et ont réclamé leur Globo. «Ils savent mieux raconter, ils font naître plus d'émotion… et ils sont, comment dire, plus brésiliens» explique Arnaldo, 22 ans. Les médias en général n'ont pas lésiné sur la couverture de cette Coupe du monde. Plus de 500 journalistes brésiliens ont élu domicile à Ozoir la Ferrière, où s'entraîne la seleção. Et depuis le début du mois de juin, ils décrivent minutieusement les faits et gestes de ces 22 idoles données en pâture au peuple.

Exemple: la Folha de São Paulo (plus important tirage du Brésil) a publié en première page une photo de Ronaldo, grimaçant en enfilant son maillot avec la légende «Ronaldo a du mal à mettre son t-shirt». Lorsque Romario a été écarté au dernier moment, les journaux ont raconté le détail de son vol de retour au Brésil, précisant même que l'attaquant «s'était attardé aux toilettes».

La vague nationaliste des médias ne fait que renforcer un sentiment profond de la population: leur pays est vraiment le meilleur au monde. Ce qui pourrait paraître étonnant pour une nation où plus de 50 millions de personnes vivent dans la misère, est en fait un conditionnement de longue date. Le pays et les médias entretiennent depuis toujours le mythe du paradis sauvage, nation du soleil, de la joie et du football. «Mais vit-on de l'air du temps et de bananes?» demande Beth Costa, journaliste du canal alternatif Viva Rio.

Quant au football, il sert de liant national. Dans le foot, il n'y a que des réponses simples. Tu gagnes ou tu perds. Au Brésil, la télévision a toujours eu un rôle unificateur essentiel. Sous le règne des militaires, de 1964 à 1985, Globo a vraiment établi son empire, obtenant des concessions dans tout le Brésil. Rapidement, la chaîne a fourni une culture commune, a calibré les rêves du peuple, entretenant les illusions de richesse et de beauté.

La Coupe est une occasion unique de montrer au monde ce que valent les Brésiliens, déjà quatre fois champions. Ailleurs, on parlerait de revanche, de frustration. Au Brésil, même le nationalisme est sucré, joyeux et s'épanouit sur les terrains de football.