Ceux que les cœurs dodus et rose bonbon font tourner de l'œil, qui n'en peuvent plus des surnoms doucereux alignés en colonnes impudiques dans les petites annonces «spéciales 14 février» auraient peut-être trouvé sur Arte mercredi soir une bonne raison, sinon d'apprécier la Saint-Valentin, au moins de la supporter. La preuve que l'amour calibré prime time n'est pas forcément écœurant.

Pour commencer la soirée, une approche scientifique du coup de foudre. Un titre à la modestie prometteuse: «Fragments scientifiques d'un discours amoureux». Du biochimiste à l'éthologue, le thème est disséqué, sans barber. Tandis que ces très sérieux messieurs s'expriment sur les phéromones et autres instincts prénataux, une fiction aux airs de sitcom et mettant en scène deux adolescents balbutiant leur attirance ponctue leurs explications. L'étrange cohabitation de ces deux discours est parfois comique, lorsque la voix posée du scientifique passe off pour évoquer la dopamine et ses effets, tandis qu'Esther et Antoine s'étreignent nus dans un lit de draps blancs.

Parmi les choses apprises, les plus belles ne sont pas forcément biologiques. Le téléspectateur retiendra en tout cas que l'on peut être scientifique et poète. Ainsi, cette parole d'éthologue, lâchée au détour d'une explication: «Dire à quelqu'un «Je t'aime» est une émotion insoutenable. Sauf pour ceux qui n'aiment pas.»