L'Autorité française de régulation des télécommunications (ART) a récemment autorisé France Télécom à réclamer à partir de novembre une taxe de 25 centimes la minute aux opérateurs privés pour chaque appel passé d'une cabine à l'aide de leurs cartes prépayées, afin de contribuer à l'entretien des 220 000 cabines de l'Hexagone. Dotées d'un code d'accès, ces cartes connaissent un grand succès en France du fait de leurs prix très attractifs: moins d'un franc la minute d'appel national, alors que les télécartes France Télécom facturent la minute 2,35 FF pour l'appel national (1,18 FF en heure creuse).

Les opérateurs privés ont vigoureusement protesté contre la décision de l'ART, «qui risque d'amener l'ensemble des opérateurs à revoir à la hausse le coût des appels depuis les cabines», selon l'association professionnelle Ténor. De son côté, France Télécom juge normal que les cartes privées contribuent comme les télécartes France Télécom à l'entretien des cabines, qui désormais rapportent moins à France Télécom du fait de l'explosion des téléphones mobiles et de la concurrence des cartes prépayées.

Omnicom, un des opérateurs les plus dynamiques dans les cartes prépayées, qui facture actuellement 100 francs deux heures de communication nationale, n'a pas encore tranché sur la répercussion de cette surtaxe. «Cela pourra se traduire soit par une hausse, soit par une «non-baisse» de prix», indique Pierre Goubet, directeur des relations extérieures.

Il s'est vendu l'an dernier 115,46 millions de télécartes. Sur ce total, la part de France Télécom reste écrasante mais diminue sous l'effet de la concurrence: 105 millions contre 113 en 1997. Les cartes d'opérateurs privés sont passées en un an de 1,8 million en 97 à 10,46 millions en 98. Si bien que l'opérateur public a lancé sa propre carte prépayée, le «ticket téléphone», utilisable non seulement d'une cabine mais aussi de n'importe quel poste fixe.

En contrepartie de la taxe d'interconnexion qui leur est maintenant imposée, les opérateurs privés réclament un meilleur accès aux cabines publiques. Celles ci restent une chasse gardée de France Télécom, car les opérateurs privés ne sont pas joignables d'une cabine avec un simple préfixe à un chiffre (le «7», le «5», etc.). Il faut former une longue série de chiffres décourageante pour le grand public et donc éditer des cartes spécifiques pour les publiphones. «Nous espérons obtenir la sélection du transporteur à partir d'une cabine (c'est-à-dire la possibilité de former directement le 5)», explique M. Goubet. Des discussions vont prochainement s'engager avec l'ART sur ce sujet.