Ce soir sur la deuxième chaîne de la Télévision suisse romande dans la série hebdomadaire Grands Entretiens, Madeleine Kunin, ambassadrice des Etats-Unis en Suisse, est interrogée notamment sur les relations entre la Suisse et les Etats-Unis dans le sillage de la crise des fonds en déshérence. En anglais, please! In Conversation in Geneva with Frank Peel s'est infiltrée dans cette série le premier lundi de chaque mois et est l'unique émission en Suisse dans la langue de Shakespeare. Depuis son introduction en avril dernier, l'audience, malgré un passage tardif à 23 heures, a plus que triplé, passant à 12 000 fidèles. La TSR en est toute fière. Encouragée par cette percée, elle programme l'émission désormais une heure plus tôt. Et ajoute une rediffusion le jeudi matin.

Bourlingueur polyglotte

Le succès de l'émission tient bien sûr à quelque 25 000 anglophones résidant principalement dans la région genevoise et presque autant de personnes qui pratiquent quotidiennement l'anglais dans la Genève internationale ou dans les affaires. Mais l'animateur, toujours vêtu d'une chemise bleue ou rouge à carreaux et d'une cravate aux drapeaux suisse et américain, y est aussi pour beaucoup. Cet Américain né à Londres en 1927 et résidant en Suisse depuis 1957 mène son show avec brio. Frank Peel a fait ses premières armes dans les médias au sein de l'armée américaine en 1945-1946 en tant que journaliste militaire. Il a ensuite travaillé pour CNN, NBC, Radio X-tra et Channel One comme intervenant ponctuel.

Peel ne manque pas de souligner qu'il a fait partie de la caravane électorale pour le ticket Jimmy Carter-Walter Mondale lors de la présidentielle américaine en 1976-1977. Avocat de formation, ancien fonctionnaire au Bureau international du travail, il est un polyglotte qui, outre sa langue maternelle, parle un français parfait, manie le japonais et pratique l'allemand, l'italien, l'espagnol ainsi que le créole seychellois. «Bourlingueur» passionné de nature, il a mis les pieds aux quatre coins du monde et a notamment été vice-directeur du WWF International de 1972 à 1975.

A 72 ans, Frank Peel prend son émission à cœur tel un jeune qui vient de décrocher son premier job. Il veut satisfaire son public et démontrer ainsi que la TSR a eu raison d'introduire enfin l'anglais dans ses programmes. Pour lui, cette langue pourrait être un élément de cohésion nationale suisse. «De toute façon, on l'utilise partout. La plus grande banque suisse a son nom en anglais. Dans plusieurs entreprises, les communications internes se font en anglais et de nombreux Romands s'expriment face à des interlocuteurs alémaniques en anglais», souligne-t-il.

Peel se réjouit de la décision du canton de Zurich d'introduire cette langue à l'école primaire: «On en discute depuis vingt ans et, sans l'audace des Zurichois, on resterait figés encore vingt ans.» Selon lui, la résistance vient surtout des Romands: «Ils veulent retarder l'inéluctable et pénalisent les jeunes qui ont besoin de l'anglais pour trouver du travail.»

Pour le «Swinglish»

Pour Frank Peel, l'anglais n'est pas un intrus qui menace la culture nationale: «La Suisse a tout à gagner en développant une sorte de Swinglish, c'est-à-dire la langue de Shakespeare qui engloberait les nombreux mots et expressions courants dans le pays.» Peel cite l'exemple de l'Hinglish, pratiqué en Inde: «De Kanyakumari (sud) au Cachemire (nord), il n'y pas de langue commune autre que l'anglais indianisé et adapté aux couleurs locales.»

L'Américain déplore l'inexistence de publications pour les anglophones en Suisse, notamment à Genève. Lui-même était associé au défunt Geneva Post. Selon lui, ses responsables ont voulu aller trop loin en optant pour un quotidien. «Il ne faut pas oublier que les grands journaux londoniens sont rapidement disponibles dans les kiosques. Il aurait fallu un hebdomadaire qui parle de la Suisse à la population étrangère.» De la même manière, Peel est conscient que de multiples télévisions anglophones sont disponibles dans les foyers branchés au téléréseau. «Voilà pourquoi j'évoque les préoccupations des gens de la région dans mes émissions; des sujets qu'on ne verra pas sur CNN ou la BBC.»

L'animateur d'In Conversation in Geneva a une ambition principale: «Je veux pousser modestement mon pays d'adoption, que j'aime mais sur lequel je pose un regard critique, vers encore plus d'ouverture sur le reste du monde.»

In Conversation in Geneva with Frank Peel, ce soir sur TSR2 à 21 h 55 et chaque premier lundi du mois.