Avec ses 160 km de long et 80 de large, le Qatar ne s’étend que sur 11 500 km2, soit l’équivalent des cantons de Berne et du Valais réunis. Il est «le pays le plus riche du monde», aime-t-on à répéter à Doha. D’après les données du FMI pour l’année 2011, l’émirat est en fait deuxième dans le classement du PIB par habitant – avec 98 144 dollars. Derrière le Luxembourg et devant la Norvège et la Suisse (4e). Ce chiffre devrait atteindre 112 000 dollars d’ici à 2015.

Son économie reste extrêmement dépendante des hydrocarbures. La moitié de son PIB et environ 80% de ses recettes fiscales y sont encore liées. Avec 119 milliards de m3 de gaz exportés en 2011, soit près d’un quart des échanges mondiaux, le Qatar est le 2e plus gros exportateur, derrière la Russie (196 milliards de m3). Il profite notamment de l’arrêt des centrales nucléaires au Japon (116 milliards de m3 importés), mais ne cesse d’inaugurer des nouvelles destinations, notamment à Singapour et en Chine.

L’entrée en scène du gaz de schiste pourrait toutefois bouleverser l’ordre établi. L’Amérique, d’abord destinée à devenir sa première cliente, ne le sera probablement jamais. Et l’Australie pourrait passer premier fournisseur mondial dès 2017, selon une étude de Bank of America-Merrill Lynch.

En attendant, l’émirat se porte bien. Sa croissance réelle devrait avoir atteint 6,2% l’an dernier (nominale: +14,7%). Mais les économistes du FMI ont prévenu, fin janvier: la baisse des prix des hydrocarbures et les potentielles interruptions du trafic marchand liées aux tensions géopolitiques dans la région sont les principaux risques pour le Qatar. Il s’attend ainsi à ce que la croissance ralentisse à quelque 5% en 2013. A moyen terme, ses secteurs liés au gaz et au pétrole devraient évoluer entre –1,1 et 3,5%. Tandis que les domaines «hors hydrocarbures» devraient, eux, croître de 9 à 10%. Ce qui a déjà été le cas en 2012.

La population, elle, progresse à une vitesse supérieure à 4% par an. Ils étaient 460 000 à vivre au Qatar en 1993. Ils sont aujourd’hui près de 1,7 million. Les locaux représentent à peine 10% des résidents. Cette évolution est donc surtout le fait de travailleurs immigrés, présents dans les hautes sphères technocratiques comme pour les basses tâches.

Celles-ci sont surtout honorées par des migrants d’Asie du Sud. L’ONG Human Rights Watch a d’ailleurs dénoncé la semaine dernière, entre autres, le statu quo sur la «kafala» – un système de parrainage des employeurs qui interdit aux immigrés de changer de travail ou de quitter le pays sans l’autorisation de leur patron. Sous peine d’être arrêtés.

Dans un pays où le chômage ne s’élève qu’à 0,4%, les Qataris actifs, au nombre de 71 000 environ, ne fournissent que 5% de la masse des travailleurs. Et plus de la moitié d’entre eux sont employés dans le secteur public. Mais la privatisation de l’économie fait partie intégrante de son développement, promet un conseiller du gouvernement.