Genève pourrait bien organiser un rendez-vous planétaire novateur en 2003: le Sommet mondial de la société de l'information, qui devra faire date comme la Conférence de Rio en 1992. Mettre de l'ordre dans l'usage d'Internet, garantir le partage des connaissances, la protection de la vie privée et la diversité culturelle, tels en sont les défis. Ce sommet ne mettra pas seulement en présence gouvernements et techniciens: les usagers, les chercheurs et les entreprises médiatiques y participeront aussi. Reste à trouver la formule magique – un cybersommet en ligne? – qui brancherait horizontalement diplomates et société civile.

L'événement sera proche, mais distinct de Telecom'2003. Genève part favorite, pourtant la candidature tunisienne suscite diverses réactions (voir l'encadré). La décision sera prise à la fin de l'année. Si la cité lémanique décroche la timbale, ce sera le résultat d'un lobbying intense, et aussi de relations personnelles. «L'idée est née de discussions avec Pekka Tarjanne, l'ancien secrétaire général de l'Union internationale des télécommunications (UIT) et le président du Mali Alpha Oumar Konaré», se rappelle le conseiller d'Etat Guy-Olivier Segond. «Face à l'angoisse de ceux qui enterraient la Genève internationale, nous nous sommes rendu compte qu'au contraire, cette cité est à la source de la régulation mondiale de la société de l'information, et que cette régulation allait devenir l'enjeu du siècle prochain.»

Les principaux acteurs sont à Genève. L'UIT, qui a un peu raté le virage d'Internet, doit reprendre l'initiative, et notamment mettre des normes dans l'attribution des adresses. L'OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) est incontournable sur les droits liés aux technologies de l'information et de la communication (TIC). L'Organisation mondiale de la santé, l'Organisation internationale du travail, le Bureau international de l'éducation et l'Organisation mondiale du commerce (télé-médecine, télé-travail, télé-enseignement, commerce électronique…) sont les opérateurs sur le terrain de ces technologies. «L'occasion rare de faire un vrai travail de synergie entre le «comment ça marche» et le «à quoi ça sert», affirme Guy-Olivier Segond.

Autre atout, Genève garantirait une approche Nord-Sud. Le discours de Nelson Mandela à l'ouverture de Telecom'95, qui dénonçait le «fossé entre info-riches et info-pauvres» est resté dans les esprits. En organisant il y a six mois avec le Mali la conférence Bamako 2000, intitulée «Internet: les passerelles du développement», le canton suisse s'est attiré l'appui de la majeure partie de l'Afrique. Cet été, Guy-Olivier Segond et le président Konaré ont tous deux été invités à présenter les résultats de cette réunion au secrétaire général Kofi Annan et au Conseil économique et social de l'ONU à New York.

Enfin les Genevois n'ont pas oublié de tenir Berne informée. Le Conseil fédéral a donné ainsi un soutien de principe à cette candidature.

Participation de la société civile

Mais l'innovation principale sera l'apport citoyen. C'est du moins le vœu d'Alain Clerc, coprésident de la Fondation du devenir: «Genève pourrait inaugurer les sommets du troisième millénaire en associant les citoyens à la réflexion. Jusqu'ici, comme au Sommet social, il y avait d'un côté les négociations officielles et de l'autre le bastringue. Pour la première fois, la société civile pourrait intervenir dans les débats, influencer des décisions, s'exprimer sur les résolutions finales. Bamako 2000 en était la répétition générale.» L'ONG qu'il dirige, basée à Genève, est un acteur mondial important dans la réflexion sur l'appropriation sociale et le partage Nord-Sud des TIC. En tant que telle, elle pourrait être associée au sommet.

Ce nouveau partenariat ONG-privés-Etats pourrait déboucher sur une gestion commune du Net: contrôle des sites pervers ou nazis, promotion de sites d'excellente qualité éducative, nouvelle gouvernance, vote électronique, consultation des projets de la Banque mondiale…