Changer une image grâce aux gens de l'image? La question se pose à Monaco où, depuis trois ans, souffle un désir de professionnalisme nouveau sur deux événements jadis précurseurs: le Festival TV, créé en 1960, et le Marché, lancé en 1978. Un nouveau Centre des congrès a accueilli dans le confort anciens et nouveaux festivaliers 2001. «J'ai toujours eu envie de venir, confirme Francine Bluecher, l'une des responsables du Centre du cinéma suisse, présent pour la première fois à Monaco. Je comprends que les acheteurs se sentent mieux ici que dans les sous-sols de Cannes, où il y a un bruit infernal et dix fois plus de monde. Ici, tout le monde travaille sans pression et les contacts sont facilités.» Sous la férule directe du prince Albert, la nouvelle équipe a pris d'autres «risques calculés» pour changer l'image des deux manifestations.

Le ton était donné dès la soirée de gala avec un film polonais hors compétition dénonçant l'antisémitisme. «On nous avait habitués à des choses plus politiquement correctes», estimait, ravi, un producteur anglais habitué des lieux. Dans la série fiction, c'est également un film dérangeant qui a reçu l'une des deux Nymphes d'or. Dirty Pictures, de l'Américain Frank Pierson, raconte la lutte d'un galeriste défendant l'œuvre du photographe Mappelthorpe contre les bien-pensants. «Le jury a préféré ce film car il part d'un fait réel, d'une bataille pour la liberté des créateurs», commentait l'un des jurés. «Mon rêve sera atteint quand les Nymphes seront devenues pour la TV ce que les Oscars sont au cinéma!» sourit David Tomatis, l'homme clé de ces manifestations depuis 1999. Conscient d'être encore loin du compte mais désireux de «faire des efforts en multipliant notamment les prévisionnages à travers le monde». Sans parler d'un «rajeunissement d'une partie des jurés» que certains habitués appellent de leurs vœux.

Coté films d'actualité, c'est un film norvégien, Kursk, film poignant sur la colère de cette femme russe interpellant publiquement les militaires pour demander la vérité sur le drame du sous-marin-cercueil, qui a remporté la compétition. «L'actualité, c'est la vie, toute la vie. Il est difficile de dire s'il y avait une ligne directrice. Mais j'ai tout de même remarqué cette année l'émergence de l'engagement de femmes dans des débats de société», a estimé Estaban Sanchez Ocana, président du jury.

Côté Marché, le cru 2001 confirme que Monaco a eu raison, il y a trois ans, de chercher des «niches» et de miser par exemple sur ce qu'on appelle les «formats»: une émission à l'origine indigène, déclinée ensuite en diverses versions nationales. Près d'une centaine de sociétés spécialistes du genre et des producteurs du monde entier ont fait le déplacement. «Les gens disent que l'on renforce la mondialisation. Nous pensons le contraire. Avec les «formats», les producteurs économisent les coûts de test d'une émission et profitent du savoir-faire technique du concepteur. Le public, lui, n'est pas gêné par des acteurs étrangers ou des sous-titrages», explique, euphorique, l'une des responsables de Distraction Formats, la plus grosse société du monde spécialisée dans cette nouvelle approche de la production. Dans les couloirs, certains font pourtant la grimace. Soit pour des raisons purement matérielles («Il y a parfois des formats qui, inexplicablement, ne marchent pas quand ils changent de pays»). Soit pour des raisons éthiques («On agite toujours les mêmes ficelles émotionnelles, la même dramatisation. C'est une autre forme de pensée unique qui appauvrit la création»). Une table ronde autour de ces sujets a été organisée. Et, même si les considérations purement business l'ont emporté, les organisateurs savent que c'est en multipliant ce genre de réflexion que la manifestation regagnera en crédibilité.

Problème de calendrier

Reste une incertitude: Monaco (2000 participants venus de plus de 60 pays) aura beau multiplier les tables rondes, créer des prix spécifiques, son rendez-vous annuel est coincé entre les deux plus grosses manifestations américaines de TV (le NATPE et le FM), en janvier, et le tout prochain MIP-TV de Cannes, en avril. Faut-il changer la date du Marché et le séparer du Festival? La question est plus que jamais d'actualité pour des organisateurs qui prétendent professionnaliser l'image de Monaco.

En attendant, plusieurs chaînes ont profité du climat ensoleillé de février pour y présenter en avant-première leurs prochaines productions vedettes. Arte est ainsi venue avec une série de trois fois 90 minutes, L'Algérie des chimères, une fresque historique et romanesque de trente ans de colonisation française en Algérie sous Napoléon III. Elle sera diffusée lors de soirées Thema en octobre. Quant à TF1, elle a présenté sa prochaine grande saga estivale, Méditerranée, coproduite notamment avec la TSR et actuellement en tournage sur la Côte d'Azur. Aucun épisode n'est cependant prévu à Monaco. Mais on a appris que Telfrance, coproducteur de la série, a obtenu du prince Albert l'autorisation d'y tourner une série d'envergure dans un futur proche. Un autre pari à venir

sur une autre image de la Principauté?