Voler une Porsche, un taxi, une Cadillac, un camion-poubelle ou une moissonneuse-batteuse. Effectuer une course-poursuite avec la police à tombeau ouvert au milieu de la ville. Régler son compte à un gang maffieux. Draguer une demoiselle sur une piste de danse. Quatre phrases ne suffiront pas à décrire l'essence même de la série des Grand Theft Auto (GTA), ce jeu devenu rapidement culte sur PlayStation 2. Lancé en 1999 par Rockstar Games, une division de l'éditeur américain Take-Two, GTA a battu tous les records de vente. Plus de 32 millions d'exemplaires ont jusqu'à présent été vendus dans le monde, dont 11 millions pour GTA 3 et 13 millions pour GTA Vice City, avant-dernier épisode du jeu. Selon plusieurs analystes, la dernière mouture de GTA, San Andreas, sortie vendredi dernier, pourrait être à elle seule vendue à 15 millions d'unités, dont cinq d'ici à la fin de l'année.

Rockstar Games flaire le bon filon en 1999. Les joueurs en ont assez de jouer les gentils sur leur PS2. Ils veulent passer de l'autre côté. A la place du méchant, le joueur remplit désormais des missions pour la maffia, il renverse des policiers et dévalise des prostituées. La possibilité d'effectuer de tels actes qui conduiraient en prison, voire à la morgue, séduit. Tous les coups sont permis sur un terrain d'action gigantesque où les moindres détails sont peaufinés. Exemple: Dans GTA San Andreas, dont la création a mobilisé 150 personnes durant deux ans, le pont Gant est si long que les conditions météo peuvent être différentes d'un bout à l'autre. Passer des heures à sillonner la ville et ses environs au volant de divers bolides est déjà un plaisir en soi – sans parler des dizaines de missions à accomplir en parallèle.

Mais le phénomène GTA ne serait sans doute pas apparu sans son extraordinaire bande-son. Ce qui n'est qu'un agrément dans la plupart des jeux constitue l'essence même des GTA, premiers jeux pour lesquels des groupes ont composé spécialement des titres. Une dizaine de radios sont disponibles, chaque fréquence diffusant une quinzaine de titres, dont certains de Rage Against The Machine, James Brown, Faith No More et Cypress Hill. Un coffret de huit CD's comportant l'intégralité de ces titres sera d'ailleurs disponible fin novembre.

Sans surprise, GTA attire sur lui les foudres d'avocats et d'associations qui l'accusent d'inciter les jeunes joueurs à commettre des délits, voire des crimes. Aux Etats-Unis, l'avocat Jack Thompson s'en était pris à GTA après la tuerie de Colombine, où deux adolescents avaient tué douze camarades avant de se suicider. La dernière version de GTA, Vice City, a quant à elle déclenché une plainte portant sur 246 millions de dollars. En 2003, deux adolescents de 14 et 16 ans avaient tiré au hasard sur le trafic, tuant deux personnes. Ils avaient affirmé plus tard que GTA les avaient inspirés. Du coup, Sony Computer Entertainment America (fabricant de la PlayStation), Take-Two, Rockstar Games et Wal-Mart (qui avaient vendu le jeu) sont poursuivis en justice, les plaignants leur réclamant au total 246 millions de dollars.

Des critiques et des plaintes qui n'empêchent apparemment pas Rockstar Games d'exploiter son filon. Voire même d'en rajouter. Dans GTA San Andreas, les caïds de la maffia sont ainsi des Afro-Américains. Selon la classification européenne, le jeu est d'ailleurs officiellement interdit aux moins de 18 ans.

A noter enfin que GTA San Andreas n'a pas fait exception à la règle. Malgré des précautions exceptionnelles prises par Rockstar Games, le jeu est apparu sur les réseaux d'échange peer-to-peer avant sa sortie outre-Atlantique, le 26 octobre.