Sur les réseaux

Le haka des All Blacks, 9 millions de vues sur Facebook

Quand un grand événement sportif se déroule, on clame son appartenance et ses enthousiasmes sur Facebook; on mordet on mitraille sur Twitter

Royaume de l’instantanéité où un post chasse l’autre à une vitesse vertigineuse, les réseaux sociaux n’en vivent pas moins de rituels immuables et délicieusement attendus.

Si l’on était dans un cours de journalistes stagiaires, on appellerait cela des marronniers, ces événements récurrents que l’on revisite quand le calendrier s’y prête. C’est le cas ces jours, avec le coup d’envoi, en Angleterre, vendredi 18 septembre, de la Coupe du monde de rugby.

Les Suisses ne sont majoritairement pas – pas encore – un peuple d’amoureux du ballon ovale. Mais avisez donc votre mur Facebook, et vous y rencontrerez certainement la communauté de ceux et celles qui ont fait leur coming out: ils triturent en beauté sur le réseau les graines de chapelet de leur enthousiasme.

A tout seigneur, tout honneur: il s’agit d’abord de clamer à la face du réseau le haka des internautes amoureux du rugby.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, dans la vie réelle, le haka, c’est cette danse rituelle et chantée de manière tonitruante que l’équipe de Nouvelle-Zélande, les All Blacks, exécutent avant le début du match à l’intention de leurs adversaires.

Dans le monde virtuel, les fans de rugby ont leur «haka»: la mythique vidéo de Topito TV où l’on pointe les 10 bonnes raisons de préférer le rugby au football. Une vidéo qui s’ouvre par la légendaire citation (qui n’est pas de la plume des auteurs du clip. @LeBurnain et @Fakuzone, ils le disent eux-mêmes): «Au foot, les joueurs prétendent pendant 90 minutes qu’ils ont mal, au rugby, ils passent 80 minutes à essayer de le masquer.» Point Un, on l’a compris, «au rugby on ne fait pas semblant; si un gars se roule par terre c’est qu’il a au minimum une jambe cassée». Point Deux, en rugby on respecte l’arbitre. Point Trois, les mecs sont hyper-bien gaulés. Point Quatre, le haka, encore lui, c’est top. Le reste à l’avenant.

Celles et ceux qui voudraient se la jouer plus grandiose se précipiteront sur la page Facebook de MinuteBuzz, où ils découvriront la variante épique de la comparaison rugby-foot: «Marre de la comédie? Envie d’action? Ils arrivent! Plus puissants! Plus féroces! Plus déterminés que jamais! la Coupe du monde de rugby commence!»

On parlait du haka, le rituel d’ouverture de l’équipe néo-zélandaise des All Blacks: il circulait comme une traînée de poudre sur Facebook, vus près de 9 millions de fois. Il faut dire que peu de sports nous ont familiarisés avec cette pétrifiante démonstration de défi…

Et puis il y a, évidemment, la touche érotique. Que les sportifs nous pardonnent, mais le rugby c’est aussi le hashtag #Dieuxdu­stade et ce n’est pas un hasard si la chaîne YouTube du célébrissime calendrier a décidé, trois jours avant le début de la Coupe du monde, de lancer sur les réseaux la vidéo teasing de leur prochaine cuvée 2016.

Provoquant une coulée de commentaires laudateurs (très multigenres) et des pics de partages.

Manifester à la communauté de ses amis ses enthousiasmes; les faire partager sur le mode du rire ou de l’émotion: Facebook, dans le genre, est le maître du terrain et la vidéo son instrument de prédilection.

Pour commenter en temps réel, saisir la pulsation des matches et lancer les polémiques, Twitter reste par contre le véhicule de premier recours: à l’enseigne des hash­tags #rwc ou simplement #rugby. A noter d’ailleurs la variante qui a surpris tout le monde ce week-end: #rugbyjp ou mieux encore #japanway pour signifier la victoire très inattendue du Japon sur l’Afrique du Sud.

Et c’est sur Twitter encore, lieu de l’indignation percutante et massive, que s’est déclenchée la polémique raciale consécutive à la défaite d’une Afrique du Sud qui avait privilégié dans ses rangs de vieux joueurs Blancs au détriment de jeunes joueurs Noirs plus talentueux. Facebook quand il s’agit de communier ses enthousiasmes. Twitter quand il s’agit de mitrailler les résultats et de mordre: à chaque réseau ses fonctionnalités propres.