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Humiliée pour avoir allaité son bébé au resto, elle écrit un plaidoyer en ligne

Voici comment l’Américaine Conner Kendall a répondu au harceleur qui l’a photographiée dans sa sphère intime. Mais dans un lieu public

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Allaiter bébé au resto? Plaidoyer en ligne

Voici comment l’Américaine Conner Kendall a répondu au harceleur qui l’a photographiée dans sa sphère intime. Mais dans un lieu public

«***S’il vous plaît, lisez tout ceci (Je sais, c’est long, mais c’est très important)***». Voilà le message que l’Américaine Conner Kendall a récemment publié sur sa page Facebook. Pour raconter quelle histoire? Dans un restaurant de Terre Haute, dans l’Indiana, un inconnu la photographie un jour avec son téléphone mobile alors qu’elle est en train d’allaiter son bébé.

Puis l’homme publie cette image – de mauvaise qualité – sur les réseaux en demandant aux utilisateurs s’il est normal qu’une femme s’exhibe de cette manière alors que «de jeunes enfants sont aux alentours». Conner Kendall se sent immédiatement humiliée. Ni une ni deux, elle s’adresse directement à celui qu’elle appelle simplement «Mister», en l’anonymisant, pour ne pas tomber dans le piège de la «contre-humiliation». Suivent environ 150 lignes de texte, qui développent son argumentaire. Un texte fort où elle fustige, sans jamais être agressive, le comportement de son harceleur et sa lâcheté, tout en le remerciant de lui offrir une si belle occasion de défendre publiquement la pratique de l’allaitement maternel. Elle rappelle notamment au goujat que «la poitrine sert à nourrir les bébés et que c’est la société qui l’a sexualisée».

Puis elle raconte le dialogue de sourds qui s’ensuivit avec «Mister» par courriel. Exemple: «Si c’est une chose naturelle, pourquoi les hommes ne pourraient-ils pas avoir des urinoirs portatifs et les utiliser» en public? demande «Mister». Réponse, finaude: «EXCELLENT ARGUMENT: les bébés adorent boire un délicieux verre de pipi.» De l’humour, mais aussi de la répartie.

A force, «Mister» a fini par supprimer sa publication et par vaguement s’excuser, effrayé du torrent de réactions suscitées par les interminables lignes de Conner Kendall. Au terme desquelles celle-ci enjoint à ses correspondants de partager sa révolte, résumée en lettres capitales: «TOUTES LES MAMANS DEVRAIENT POUVOIR NOURRIR LEURS BÉBÉS N’IMPORTE QUAND, ET N’IMPORTE OÙ, LORSQU’ILS LE DEMANDENT.»

A la mi-journée mardi, le message avait été partagé plus de 92 000 fois et commenté par près de 200 internautes, essentiellement des femmes, un comité spontanément formé à Terre Haute, mais aussi des mères du monde entier, qui soutiennent Conner et la félicitent de son à-propos et de la qualité de ses arguments, sans compter son tact et son élégance. Victime de «bashing» sur le réseau, la combattante pacifique a donné la meilleure des réponses possibles, qui plus est circonstanciée: «stylée», dirait-on en langage contemporain.

Puis la presse s’empare de l’affaire, et les commentaires d’articles des internautes se révèlent plus partagés: d’un côté, le courant libertaire, défenseur de l’acte naturel, voire de survie, qui ne devrait poser aucun problème dans la vie sociale quotidienne; de l’autre, le courant plus réservé, qui rassemble ceux qui considèrent l’allaitement comme un acte relevant de l’intimité, donc pas «normal» d’être montré en public.

Une correspondante d’ABC News note par exemple qu’une femme n’a pas à renoncer à une vie sociale juste parce qu’elle a choisi d’avoir un bébé. Mais un autre rétorque que Conner n’avait qu’à pomper son lait avant de sortir pour en avoir une réserve à disposition dans un biberon.

Sur le site Mashable, un autre internaute écrit: «Normalement, l’allaitement se termine vers 2 ans. Alors le bébé possède un système digestif qui lui permet d’absorber d’autres aliments. Jusque-là, soyez discrètes.» Montrant ici toute l’étendue de son ignorance sur le régime alimentaire des tout-petits qui permet des purées de légumes ou de fruits dès 4 à 6 mois… Et ajoutant, Mesdames, que «vous n’êtes pas en prison pendant deux ans si vous organisez vos activités en fonction des moments d’allaitement».

Ce débat «idiot» nous ramène au début des années 70, déplore une autre réseauteuse. A l’époque où personne ne pouvait imaginer une telle scène sans la trouver choquante. «Alors, je trouvais toujours un moyen de camoufler un bout de sein avec un foulard», dit-elle.

Au bout du compte, dans cette affaire édifiante, c’est le débat de la limite entre la sphère privée et la sphère publique qui ressurgit. Avec un otage pris entre les deux, le sein féminin et sa double fonction: à la fois physiologique et érotique.

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