Darius Rochebin ne se paie pas de mots. Deux exemples extraits du TJ hier soir. D'abord, le présentateur, avec des trémolos dans la voix et des mots choisis qui dramatisaient à l'excès l'événement, a annoncé «la nouvelle qui pétrifie Lausanne: le groupe André va sabrer dans ses effectifs». Dans un scoop qui tenait davantage de la violation d'embargo d'information – une conférence de presse est convoquée cet après-midi –, la TSR annonçait la suppression de 700 emplois sur les 1400 que compte encore le très secret groupe de négociants et armateurs vaudois. Et pour insister sur la dimension «secrète» du groupe, le spectateur a eu droit à des images tournées à distance de l'assemblée d'information du personnel et de la sortie de quelques employés à la nuit tombée. Images floues parce que, Mesdames, Messieurs, on vous montre là quelque chose de secret….

Celui qui ne faisait pas de secret hier, c'est Ulrich Gygi, le patron de La Poste, invité dans les studios de Berne. La Poste va supprimer 700 à 900 bureaux de poste. Oui, ce pilier, cette âme du village est condamnée à disparaître. Ou à se transformer en échoppe multiservices. L'événement est historique. C'est incontestable. Cela mérite débat. Mais ce n'est pas une raison pour tomber dans le populisme facile. Ce que fit Rochebin. Comme il n'est pas homme à reculer devant les grands mots, il n'a pas manqué d'envoyer à la tête du PDG «l'imbécillité» de cette décision, comme la qualifie un syndicat, et même a demandé au patron, affilié socialiste, si quelqu'un d'autre pouvait faire «pire que vous».