Imaginez un monde sans femmes…

Le 8 mars a été bien relayé par les réseaux sociaux, qui ont rivalisé d’imagination

«Et comme dit le poète: «La femme est l’avenir de l’homme»… «Notez Brigitte!»

Le dessin de Plantu publié dimanche dans Le Monde a fait le tour de Toile; il montre combien le 8 mars est devenu une ritournelle médiatique, une manière infantile et mercantile de rendre hommage aux femmes. Pour en rire, le Tumblr «WTF Journée de la femme» recense les initiatives les plus ineptes pour nous faire plaisir, du cocktail offert en promotion au 15% de réduction sur une séance d’épilation.

C’est en réponse à cette attitude condescendante que plus de 12 000 hommes et femmes ont défilé samedi, à Berne, en faveur de l’égalité salariale qui «n’est pas une obscure exigence féministe, ni une bonne action à l’égard des femmes ou un su-sucre qu’on leur donne, mais un droit ancré dans la Constitution depuis 34 ans», a résumé Babette Sigg, présidente des femmes PDC.

Le 8 mars n’est pas tant la Journée des femmes que celle de leurs droits. Et force est de constater qu’ils ont reculé ces dernières années. D’où une formidable mobilisation partout dans le monde, et une intense activité sur les réseaux sociaux, désormais le canal le plus rapide et approprié pour informer, parfois au risque de sa vie. A l’image de l’artiste afghane Kubra Khademi, qui vit désormais recluse après avoir porté à Kaboul une armure de fer épousant ses formes pour dénoncer les attouchements dans la rue. A l’image de Li Tingting et de ses camarades féministes mises en prison parce qu’elles préparaient une manifestation pour le 8 mars. A l’image, en Inde, de la directrice de la chaîne de TV NDTV qui a décidé, malgré les menaces des fondamentalistes, de diffuser un écran noir pendant une heure pour protester contre la censure d’un documentaire sur le viol collectif. Si certains doutaient encore du bien-fondé du 8 mars, le blog de unBB30, tenu par une jeune maman niçoise qui n’a rien d’une pasionaria, recense 73 arguments qui justifient le combat des féministes, du plus anecdotique (les tampons non remboursés) au plus tragique, esclavage sexuel, mariage forcé ou lapidation.

Différentes aspirations

La variété des revendications ci-dessus montre bien qu’il n’y a pas Une Femme, essence immuable partout pareille, mais des femmes aux réalités, désirs et aspirations très différentes. Pourtant, c’est bien en raison de leur sexe, et seulement de leur sexe, qu’elles sont discriminées, privées de liberté ou mutilées. Qu’elles sont aussi les plus pauvres parmi les pauvres, comme le rappellent quelques stars hollywoodiennes parmi lesquelles Meryl Streep, Lady Gaga, Beyoncé ou Charlize Theron qui ont adressé une lettre à Angela Merkel, qui présidera le G7, et Nkosazana Clarice Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l’union africaine. Elles demandent à ces deux femmes d’influence de placer «l’autonomisation des femmes et des filles au cœur des nouveaux objectifs mondiaux», et de lutter contre «l’extrême pauvreté» qui touche particulièrement les femmes dans le monde.

Chaque année, c’est la même question: comment attirer l’attention? Comment rendre visible ce qu’on ne veut pas voir? En jouant volontairement la carte de l’invisibilité. C’était l’action menée le 8 mars à New York par «Not there», orchestrée par la Fondation Hillary Clinton. Avec l’agence de pub Droga 5, le comité a effacé toute figure féminine d’une quarantaine de panneaux publicitaires et autant de couvertures de magazines. Dans le même temps, 186 stations de radio du groupe IHeartMedia faisaient la grève des voix féminines pendant 24 heures, tandis que plusieurs stars retiraient leurs photos de leur profil Instagram avec le hashtag #NotThere, comme si nous n’étions pas là. Un monde sans femme, l’action a marqué les esprits. Dans certains pays pourtant, leur disparition de l’espace public est bien réelle. Voile ­intégral, interdictions diverses, surveillance permanente, tout concourt à leur effacement, parfois même à leur suppression pure et simple. Alors non, le 8 mars n’est pas un ersatz de la Saint-Valentin. «Notez Brigitte!»