Montgolfières devant la gigantesque «Messe» de Zurich, stands mégalomanes aux décors futuristes, hôtesses déguisées en cosmonautes distribuant friandises et catalogues volumineux: avec ses 500 exposants répartis sur plus de 17 000 mètres carrés, l'Internet Expo qui se termine aujourd'hui a des airs de foire grand public. Et si son directeur souhaite attirer les professionnels du Net (lire Le Temps Multimédia et Sciences de mardi), les exposants, quant à eux, semblent plus chercher une audience de masse.

Pour y parvenir, les recettes éculées sont donc remises aux goûts du jour techno et le visiteur se retrouve dans un univers optimiste, composé de luxe tapageur et de bonimenteurs souriants. Un credo taillé sur mesure fait une quasi-unanimité parmi les exposants, de Microsoft à Orange en passant par Swisscom ou Diax: «Demain, Internet sera partout, sur votre ordinateur, votre télévision, votre téléphone ou votre agenda électronique. Et cela pour votre bien et celui de l'humanité.»

Pourtant dans les dédales de la foire, une autre tendance nettement moins rassurante, déjà émergente l'an dernier (Le Temps du 9.2.2000), semble s'affirmer: la sécurité informatique. Deux policiers factices la main au revolver, un gyrophare zébrant de bleu tout ce qui l'entoure ou un château fort aux mâchicoulis en carton pâte: c'est d'abord par leurs décors que les stands dédiés à ce problème se démarquent. Cette année, ils remplissent pratiquement l'entier de la halle numéro six. Ils démontrent que si Internet s'immisce partout, les risques de piratage, eux, se multiplient.

«Bien sûr, nous profitons à notre manière de l'actualité, explique Isabelle Rocca, de Computer Associates, le numéro un mondial de la branche. Dernier exemple en date: l'impact du piratage d'un site comme celui du Forum de Davos est énorme.» Si les grandes entreprises sont pour la plupart déjà équipées, les professionnels s'adressent désormais aux petites structures et aux particuliers. Ainsi, Computer Associates lancera bientôt une version gratuite, destinée aux privés, d'un produit jusque-là réservé aux entreprises: son firewall, un «coupe-feu» qui empêche aux pirates l'accès à un ordinateur connecté au Net. «Si l'intérêt est discutable sur le plan technique, cela a un impact énorme au plan marketing», admet un des ingénieurs sur le stand de l'entreprise. Le but? Se faire connaître pour ensuite écouler les produits aux entreprises.

La jeune société suisse Celeris entend elle aussi profiter de la mode sécuritaire. Elle vise les entreprises de plus de 50 personnes, en leur proposant de gérer entièrement leur sécurité. «Le marché est porteur; nous sommes six employés en ce moment et nous devrions passer à douze à la fin de l'année, signale Alexander Arm, cofondateur de l'entreprise. L'investissement minimal se situe autour de 30 000 francs et nous remarquons qu'aujourd'hui, cela n'est plus considéré comme excessif.»

Le développement du «m-business», (m pour mobile) autrement dit le commerce électronique sur téléphone portable, ravive la question de la sécurité. «Nos ingénieurs proposent déjà une solution, explique Frances Chisholm, de SmartTrust. Nous voulons maintenant nouer un partenariat avec un des trois opérateurs suisses de téléphonie mobile. Avec la carte téléphonique «certifiée» que nous proposons, on ne peut pas pirater une transaction qui se fait depuis un téléphone. En Finlande, le pays le plus avancé sur ce point, les passages d'ordre en Bourse par mobile sont par exemple déjà sécurisés.»

Signature numérique sécurisée

«J'ai l'impression que le public se sent de plus en plus concerné par les problèmes d'intrusions, de vol électronique ou de virus», confirme Urs Grimm de Swisskey, la seule entreprise suisse qui développe un système de clefs électroniques. C'est important pour nous. Car pour que la sécurité informatique se développe, il faut que les mentalités changent.» Dans l'avenir proche que simule Swisskey sur son stand, tout est gouverné par une petite carte. L'accès à un ordinateur, la lecture d'un «e-mail» ou l'achat d'un disque sur le Net nécessitent l'usage de la Smartcard. Celle-ci, insérée dans un lecteur ad hoc, permet l'authentification, le cryptage et la signature numérique, trois des axes qui permettront une vie sans encombre à l'ère du tout numérique. Derrière l'image idéaliste de notre avenir «virtuel», Internet Expo démontre donc que cyberconsommateurs ou cybercitoyens devront, dans un avenir proche, se soucier aussi de la sécurisation de leur monde, pas si «virtuel» que cela.