«Les Algériens ont passé une nuit blanche en fêtant la qualification au Mondial», rapporte le quotidien arabophone El Khabar, qui évoque «une victoire historique» mais aussi une autre victoire, celle de tout le peuple algérien sur la hogra (l’injustice) après «le caillassage de l’équipe nationale jeudi dernier au Caire par des supporteurs égyptiens». Le quotidien saoudien Al Hayat écrivait d’ailleurs mercredi que ce match était «à couteaux tirés», que dans les rues de Khartoum la tension était «vive» et que «le prix des armes blanches avait doublé sur les marchés de la ville». Mais «Viva l’Algérie!» titre en une le quotidien francophone El Watan, qui relève aussi «la belle revanche algérienne» après les incidents lors du match entre les deux équipes samedi au Caire: «Le rêve de toute une nation s’est enfin concrétisé» après ce match «qui a tenu en haleine tout le pays» et confirmé la suprématie de l’Algérie «sur l’Egypte dans les confrontations directes sur des terrains neutres».

«Pleure Egypte, l’Algérie au pays de Mandela», titre en une La Tribune. «Fabuleux! Magnifique! L’Algérie est en phase finale du Mondial 2010», «les Verts ont incontestablement confirmé leur suprématie devant les champions d’Afrique en titre», ajoute-t-elle. Quant au quotidien arabophone à grande diffusion Echourouk, il écrit que «l’Algérie a battu l’Egypte sur tous les plans, sportif et médiatique», en «arrachant la qualification avec beaucoup de courage».

Mais attention, avertit Moumene Belghoul dans son éditorial de La Tribune, le jeu de l’empire de la FIFA est «dangereux»: «La confrontation entre l’Algérie et l’Egypte, tenue dans un paroxysme passionnel exacerbé, aura laissé des leçons au goût amer et de sérieuses appréhensions pour l’avenir de la planète foot. La distinguée instance internationale qui régit le football mondial s’est adonnée à un jeu pour le moins dangereux en ayant une attitude aux conséquences graves. La nouvelle jurisprudence de l’instance zurichoise fait froid dans le dos: une équipe violemment agressée et comptant des blessés dans ses rangs peut jouer en terrain adverse même dans des conditions extra-sportives. Les hooligans et ultras du monde en sont dûment informés pour les joutes à venir. Les rênes des finances du football, le sport le plus populaire de la planète, sont contrôlées par une caste à l’attitude trouble. Quant à leur président, Sepp Blatter, le mystère reste total sur ses rémunérations. A l’image de son prédécesseur, le «sulfureux» Havelange, «il a le sens de la famille, le goût du secret, du pouvoir et de l’argent, et ne recule devant aucun obstacle». Sepp et ses distingués collaborateurs assument une lourde responsabilité dans le déroulement des événements footballistiques sous leur intendance. La crédibilité, déjà entamée, de l’auguste instance de Zurich en dépend.»

Pour Liberté, les supporters de l’équipe d’Algérie allaient «déferler sur Khartoum comme des criquets, avec un esprit de revanche non dissimulé. La faute à la haine égyptienne, qui a provoqué des morts. Inadmissible. L’affaire tourne au vinaigre. Non contents d’avoir gagné un match, les Egyptiens ont lynché les supporters algériens présents dans le stade. On dénombre des morts et des blessés. Pour ceux qui en doutaient, ils ont eu un aperçu de la signification de «l’amitié arabe». Elle est faite d’assassinats, de trahisons, de bastonnades et de cruauté sans égale.» Et de mettre le doigt sur un détail qui a été «négligé» en matière de santé et qui résonne de manière particulière en ces temps grippaux: «Sachant qu’il est fortement recommandé de se faire vacciner contre la fièvre jaune 10 jours avant un déplacement, on se demande si les supporters algériens [n’ont pas pris] un risque en se rendant à Khartoum sans avoir fait le nécessaire pour se protéger.»

Ce match «était annoncé comme un duel électrique», relève enfin la Tribune de Genève. Il l’aura été jusque dans la cité de Calvin»: «Une cinquantaine de supporters algériens, réunis en début de soirée dans un bar des Pâquis, ont fêté à leur manière la victoire. Manière festive pour certains, plus belliqueuse pour d’autres. Une bagarre a éclaté vers 20 h 30. Un homme à terre, frappé par plusieurs personnes, avant de recevoir un vélo sur le corps.»

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