La tragédie du «Koursk» va sans doute rapporter aux télévisions occidentales à peu près autant que celle du Concorde. Même nombre de victimes, même intensité des circonstances, même rareté des images, même goutte à goutte des informations et donc même pléthore d'hypothèses. Alors que le suspense final permet encore de positionner le feuilleton du sous-marin en début de téléjournal, les images nécessaires pour illustrer l'épisode du jour doivent évidemment être fabriquées de toute urgence. Nous aurons donc vu et revu Mourmansk hier dimanche sur toutes les chaînes, Mourmansk et ses navires, Mourmansk et ses ruelles, Mourmansk et ses habitants en colère. Mourmansk et ses officiers de marine soucieux. A défaut d'en apprendre plus sur les circonstances réelles du drame et du non-sauvetage, nous aurons entrevu cette région russe à travers quelques intérieurs, quelques visages, quelques réactions. Sur CNN, la mère d'une des victimes présumées est allée jusqu'à affirmer en triturant une icône que son fils est un «nouveau Gagarine». Cette dame semble avoir parfaitement saisi la situation puisqu'elle tire magnifiquement parti de l'engouement médiatique envers ces défunts invisibles pour alimenter la légende de son fils, légende qui devrait l'aider à mieux supporter sa mort insupportable.