En ces temps de disette informative, un petit reportage gastronomique diffusé sur Arte, même publicitaire à souhait, ne fait pas trop de mal. Hier, la chaîne a chanté un hymne à Alain Ducasse, ce formidable cuisinier entrepreneur qui va se lancer dans «la restauration rapide de qualité» après avoir mené au succès des dizaines de restaurants. L'homme a beau ne pas parler l'anglais, il est moderne: il sait raconter comment tout a commencé à partir des odeurs de la cuisine de sa grand-mère. Il sait venir soulever de temps à autre la patte d'un homard ou d'un lapin dans chacun de ses établissements, et faire refuser courtoisement une trop bonne bouteille à des clients qui ne la méritent pas. Dans l'univers ducassien, où le restaurant est une «machine», la langue est au diapason. Les maraîchers bio auprès desquels il s'approvisionne ne vendent pas radis et pommes de terre, ils cultivent des «produits de base de grande définition». Le maître clique sur son site Internet pour vous montrer l'agencement «zen coloré» de son nouveau-né. Mais quand un journaliste, fut-il du New York Times, s'avise de critiquer ses prix, il est aussitôt relégué dans la «presse d'opposition». Arte a su montrer comment, en cuisine aussi, certains chefs se comportent en empereurs contemporains.