Cinquante minutes de silence, entrecoupé ici et là d'aboiements lointains, de marmonnements et de bordées d'insultes. Cinquante minutes où l'on suit à la trace six silhouettes courbées qui poussent un vieux wagon vert sur des rails enneigés, où l'on assiste à d'interminables engueulades dans une échoppe vide, où l'on regarde des chèvres errer bêtement devant une porte de ferme. Bref, un film sur presque rien.

Et pourtant le documentaire diffusé mercredi soir sur la deuxième chaîne de la TSR, Le jour du pain, est magnifiquement parlant, magnifiquement visuel. Tourné l'an dernier, apparemment, dans une campagne isolée proche de Saint-Pétersbourg, il sait faire sentir, autour du pain qui arrive chaque semaine par le train, la vie d'un hameau vaguement peuplé de quelques hommes vacillants et de vieilles femmes en fichu. La vie?

Plutôt leur survie monotone dans le froid, l'isolement, la pauvreté matérielle et relationnelle.

Un autre film du réalisateur Serge Dvortsevoï sera visible la semaine prochaine au Festival du réel de Nyon. S'il maîtrise l'art de la lenteur et la finesse du son aussi superbement que Le jour du pain, il mérite certainement le déplacement.