Est-ce la fascination pour le corps humain qui fait suivre longuement les championnats d'athlétisme de Séville même lorsqu'on n'est pas fanatique de ces sports? Est-ce elle qui pousse à zapper pendant plusieurs heures de la TSR2 à F2/3 et Eurosport, du 400 mètres dames au 1500 mètres hommes en passant par le lancer de disque ou le saut en longueur?

J'aime regarder la caméra s'attarder sur chaque athlète, faire sentir sa personnalité en montant le long de ses jambes tendues jusqu'au visage en attente avant l'effort, grimaçant ou impassible pendant, épuisé après. Comment elle fait voler au ralenti les pantoufles d'or de Michael Johnson ou prolonge le sourire de Marion Jones, créant ainsi des instants de grâce. Comment aussi elle met en évidence le plaisir de paraître de ces champions et championnes aux ongles laqués, cheveux parés, qui courent avec des lunettes futuristes et n'oublient pas de rajuster leur chaînette dorée quelques secondes avant le start.

Comment, enfin, elle capte parfois un sentiment parfaitement authentique et non maîtrisé: l'inquiétude incrédule d'une nouvelle promue à la gloire, inquiétude mêlée d'une joie intense qui, d'abord intérieure, envahit peu à peu tout son être.