La nouvelle image de l'Afrique qui semble faire tilt puisqu'on la voit tout le temps sur nos écrans, c'est celle d'un bled où débarque un ordinateur branché sur Internet et d'un informaticien tout neuf qui se lance sur le Web devant un vaste cercle de villageois curieux et silencieux. Le portrait de Dakar que diffusait hier soir Temps présent dans sa série sur les villes n'a pas fait exception puisqu'il s'est terminé sur cette image exotico-moderniste qui déjà devient cliché. Juste avant, le reportage, impressionniste, avait fait le tour de la débrouille urbaine à Dakar, du coiffeur au cinéma, sur un ton allègre qui pouvait faire du bien: enfin une Afrique qui rit et ne donne pas mauvaise conscience. Mais si ce film était réussi, c'est surtout parce qu'il a su nous plonger sans discourir dans une autre manière de vivre que la nôtre. Une autre manière de faire ses achats au marché, une manière de récupérer les déchets, une autre manière de concevoir la solidarité et la flexibilité, une autre manière aussi de parler le français. Même les solides petites tapes données par le moniteur de sport à ses élèves venus s'assouplir sur la plage étaient éloquentes: ici c'est l'Afrique, une certaine Afrique moderne, et pour une fois c'est à vous autres téléspectateurs occidentaux de faire l'effort d'en déchiffrer les codes culturels.