Deux styles d'interviews opposés hier soir à 19 heures face à des hommes aussi profondément différents que Bruno Mégret (Public sur TF1) et Ingmar Bergman (Thema sur Arte).

Sur TF1, Michel Field avait sorti l'artillerie lourde pour le leader du FN: interruptions constantes, flèches ironiques, sourires entendus, allusion à son pedigree de petit-fils d'immigré grec, lecture de listes accablantes pour ses compagnons de parti… Le bouillant intervieweur de TF1 a usé d'un style si massif qu'on peut se demander si sa tactique était vraiment adéquate face aux énormités habituelles énoncées par son invité. Elle aura surtout renforcé le syndrome de diabolisation cher aux sympathisants du FN.

Assis en vert olive contre un décor vert eau, Ingmar Bergman dialoguait, lui, en toute lenteur et confiance avec un vieil ami. Il ne parla que processus intimes, création, mutilation d'avoir perdu sa femme, retrait du monde et crainte de ne plus mettre au monde que de l'inerte, de l'inanimé. Ce n'était plus un match de boxe, mais un échange d'une grande douceur.

Tout journaliste choisit sa manière d'écouter, adaptée bien sûr à la personne qu'il rencontre mais surtout en fonction de son tempérament à lui. Etre là pour susciter, éveiller ou au contraire pour bousculer et acculer? Etre procureur ou accoucheur?