Parfois, la réalité que nous sommes en train de vivre ou qui nous concerne directement passe en même temps à l'écran. Une étrange expérience. Ainsi le ballet actuel d'hélicos sur Genève. Les habitants du bout de la rade ont le privilège de subir son bourdonnement en continu depuis quelques jours. Mieux, ils le reçoivent en stéréo, simultanément en vrai au-dessus de leurs fenêtres et en image et son dans leurs postes à l'heure des nouvelles. Idem pour les manifestations qui bloquent la ville et qu'ils retrouvent un instant plus tard à la télévision. Le journal des régions offrait hier soir un aperçu de l'agitation que les Genevois ont la joie de vivre en direct. On peut parier qu'ils regardent les informations régionales avec plus d'attention, plus d'émotion que d'habitude: c'est d'eux aussi qu'il s'agit.

J'ai eu hier soir un sentiment analogue lorsque, à l'heure de la pub, est apparu mon gérant immobilier à moi sur l'écran. Bernard Nicod, si proche de milliers de locataires romands. Il était assis sur un énorme canapé en cuir orange pour réciter sa pub, un peu mal à l'aise tout seul face à la caméra dans ses souliers vernis. Il y avait là aussi quelque chose de détonnant, d'incongru. Il était presque trop familier pour qu'on l'écoute. La télévision ne parle pas fréquemment aussi près de nous.