Pas facile, vers trois heures de l'après-midi, d'échapper aux séries américaines qui accaparent toutes les chaînes francophones. Hier, même pas d'échappatoire possible sur Planète: la chaîne n'offrait qu'un documentaire très américain sur Chicago. Ce fut donc l'occasion de découvrir enfin la chaîne musicale Muzz qui rediffusait un excellent portrait de Yehudi Menuhin tourné en 1994. Ce fut un moment de pur bonheur, comme la rencontre, au mois de mai dernier, de Sviatoslav Richter, rencontre diffusée alors en primeur sur TSR2: ici comme là, un musicien célèbre, âgé, revient, avec un cocktail d'humour et d'extrême sensibilité, sur sa vie entièrement vouée à la musique.

Menuhin sait mieux que tout autre faire partager le grand plaisir qu'il éprouve à (se) dire. Il trouve des formules magnifiques pour décrire son premier enregistrement en 1928, la sensation entièrement nouvelle alors qui consistait à s'entendre jouer. Il dit avec beaucoup d'amour son rapport privilégié à sa sœur, la pianiste Hephzibah qu'il n'a pas comprise aussi profondément qu'il l'aurait voulu. Des extraits de films transmettent sa relation essentielle à Bartok comme celle qu'il a développée au folklore roumain ou à Ravi Shankar. Le film s'achève sur un discours prononcé par Yehudi Menuhin devant la Knesset: la musique est engagement, parce qu'intimément liée à l'harmonie de la vie et du monde. Hier, une image surtout s'est fixée dans ma mémoire: Menuhin âgé sur sa terrasse grecque, faisant la pièce droite sur fond de mer Egée.