«Trois ans de travail en plus.» C’est le résumé d’une idée récemment lancée par le ministre belge des Pensions, Michel Daerden. En Belgique, depuis l’année passée, une Conférence nationale sur les pensions réunit les partenaires sociaux. Un «livre vert» en est sorti, sur lequel certains responsables politiques et sociaux plancheront le 26 février, en vue d’un futur «livre blanc». Les propos du ministre ont créé la polémique, ils ont même été «chahutés» au parlement, relate la radio-TV publique, la RTBF .

Mais ils étaient trop abruptement condensés: Michel Daerden est «complètement opposé» à un relèvement de l’âge de la retraite (65 ans), précise Le Soir . Il propose de gagner trois années de travail en plus dans la tranche des 55 à 65 ans, au moment où, crise oblige, les prépensions (dès 60 ans, voire plus tôt) augmentent.

Le système belge ressemble peu ou prou au suisse. On y parle aussi de trois piliers. A la base, la pension légale, calculée en fonction du salaire et du statut familial. Puis la complémentaire – mais qui, là, n’est pas obligatoire pour tous les salariés: elle varie selon les employeurs et les CCT. Six entreprises sur dix la proposent. Enfin, l’épargne pension individuelle. Il existe une disparité entre les retraites de la fonction publique et celles du privé. Raison pour laquelle peut-être, en vue du débat qui s’ouvre, le syndicat FGTB (socialiste) a pris les devant en proposant une hausse de la pension légale. La faîtière «est disposée à relever les cotisations personnelles des travailleurs à condition que les employeurs et l’Etat fassent le même effort», indique RTL .

Le magazine économique Trends-Tendance propose une autre solution: l’harmonisation des régimes. Pour sa rédactrice en chef, toute réduction du niveau des retraites serait «socialement inacceptable». L’harmonisation, en revanche, «représenterait […] un message fort et une belle reconnaissance pour ceux qui entreprennent, comme les indépendants. Reste à voir si nos dirigeants politiques auront la volonté et le courage de s’attaquer à un pareil chantier…»

Il n’en demeure pas moins, insiste un expert interrogé par la RTBF , qu’il y a «urgence»: l’âge de la pension doit être relevé. Selon Pierre Pestiaux, professeur émérite à l’Université de Liège, le fait que les entreprises recourent massivement aux prépensions pour supprimer des postes – par retraites anticipées, comme en Suisse – ne constitue pas un argument valable: «On ne peut pas faire des réformes de structure en pensant à la conjoncture. […] Puisque même dans les périodes où ça allait bien pour l’emploi, on n’a pas fait de gros efforts pour relever l’âge de la retraite. C’est maintenant qu’il faut le faire, parce qu’il y a urgence pour financer à terme le système de retraite.»

Le débat est rendu piquant par la personnalité même du ministre concerné. Outre des accusations de collusion entre ses mandats politiques et ses activités de réviseur, Michel Daerden s’est singularisé par une connaissance redoutable de ses dossiers – notamment budgétaires –­ mais aussi par un goût pour l’analyse, disons, éthylo-politique. La «daerdenmania» n’en finit pas de faire pleurer de rire sur YouTube . Le Soir , qui l’a évoqué successivement dans les termes de « clown » et de « bouffon », a toutefois récemment nuancé , par le biais d’un témoignage: «On le présente comme le plus bourré mais aussi comme le meilleur de tous les ministres, observe un de ses ex-collègues au gouvernement wallon. Les deux affirmations sont exagérées.»