Amoins de deux mois des élections législatives, la Rai a annoncé lundi soir la suspension durant quatre jours de toutes les émissions politiques sur les chaînes publiques. A la demande des présidents de la Chambre des députés et du Sénat, la direction de la Rai a accepté d'interrompre ces divers programmes, le temps d'approuver un règlement sur la «par condicio» c'est-à-dire l'accès équitable au petit écran. Au total, treize émissions ainsi que les programmes de la radio publique sont touchés par cette mesure sans précédent.

Emission satirique en question

Cette abstinence politique a été promulguée après la tempête suscitée la semaine dernière par l'émission satirique de Rai Due Satyricon, animée par Daniele Luttazzi, qui s'était déjà fait remarquer il y a peu en mangeant un plat d'excréments devant les caméras. Après avoir reçu plusieurs opposants au leader du centre-droit Silvio Berlusconi, donné favori dans les sondages, Luttazzi avait invité mercredi dernier le journaliste Marco Travaglio, auteur d'un livre sulfureux sur la fortune de «sua emittenza». Le Parfum de l'argent évoque notamment les liens présumés entre Berlusconi et la mafia. Le livre reprend en particulier un entretien avec le juge sicilien Paolo Borsellino réalisé en mai 1992 par une télévision française au cours duquel le magistrat indique qu'une enquête est ouverte à Palerme sur le compte de Silvio Berlusconi et du parrain Vittorio Mangano. Ancien régisseur de la villa lombarde du magnat de la communication à Arcore entre 1974 et 1975, Mangano aurait été, selon Paolo Borsellino (éliminé par la mafia en juillet 1992), la tête de pont de la mafia dans le nord de l'Italie.

La coalition de centre-droit a immédiatement crié au scandale, Silvio Berlusconi invitant ses collaborateurs à déserter la Rai. Interrogé par les journalistes de la télévision publique, «Sua emittenza» a ostensiblement placé les mains devant sa bouche en signe de bâillonnement. Depuis Satyricon a été suspendu et un droit de réponse a été proposé au propriétaire de Mediaset qui réclame par ailleurs 50 milliards de lires (plus de 40 millions de francs) de dommages et intérêts.

Suite de l'initiative des présidents des deux assemblées, les deux représentants du conseil d'administration, proches de l'opposition et qui s'étaient démis de leurs fonctions en signe de protestation, ont accepté de revenir sur leur décision. Le leader d'Alliance Nationale (post-fasciste), Gianfranco Fini, a néanmoins indiqué que la droite fera le ménage au sein de la télévision publique en cas de victoire à l'issue des élections et a d'ores et déjà réclamé la démission du président de la Rai Roberto Zaccaria: «Au lieu d'être le responsable d'un service public, c'est un militant politique.» De son côté, le directeur de Rai Due, Carlo Freccero a annoncé: «Si la droite gagne les élections, je m'en vais dès le lendemain.»