Le Temps: Qu’attendez-vous du G20?

Gordon Brown: Le G20 est le monde qui s’assemble pour faire face à des problèmes internationaux qui demandent des solutions internationales. L’objectif du G20 est de nous mettre d’accord sur des politiques coordonnées pour faire face à l’instabilité financière, et l’absence de croissance, de commerce et d’emplois qui frappent tous les continents. Si 2008 était l’année où la crise a été internationale, 2009 peut être l’année où la communauté internationale y a fait face ensemble.

Nous devons restructurer notre système bancaire et je crois que nous pouvons montrer que le monde peut se mettre d’accord sur des règles communes pour le futur. Nous devons nous occuper du problème des paradis fiscaux, de la supervision internationale, de l’aide aux pays qui n’ont pas de moyens suffisants pour redresser eux-mêmes leur système bancaire, de la rémunération des dirigeants…

La deuxième mesure est faire en sorte que l’économie internationale puisse retrouver la croissance. Nous allons regarder ce que les différents pays ont déjà fait dans ce domaine et nous allons discuter de ce que sera la prochaine étape. Nous voulons faciliter le commerce entre les pays, parce qu’actuellement, les crédits à l’exportation ne sont pas disponibles et le commerce mondial ralentit.

Troisièmement, nous voulons aider les pays les plus pauvres. Nous sommes inquiets de la hausse de la pauvreté dans plusieurs pays.

Quatrièmement, nous devons réformer les institutions financières internationales. Celles-ci ont été créées dans les années 1940 et il faut les adapter pour 2009.

– Vous avez appelé de vos vœux un «new deal global», mais il semble de plus en plus probable qu’il y ait peu de décisions concrètes le 2 avril. Les Européens et les Américains sont divisés sur un possible nouveau stimulus économique, et la réforme réglementaire se réduit pour l’instant à de grandes généralités. Pensez-vous que le 2 avril débouchera sur des décisions importantes?

– C’est une étape dans un processus. Il y a eu le G20 de Washington en novembre, maintenant la réunion de Londres, il y a la réunion de Copenhague en décembre pour étudier l’environnement et le besoin d’une relance vers une économie à faibles émissions de carbone. Je ne serais pas aussi pessimiste que vous sur la capacité du monde à se rassembler. Les gouvernements reconnaissent le besoin de travailler ensemble, ils comprennent que ce sont des problèmes internationaux qui nécessitent des solutions internationales. Je crois qu’il y aura un accord sur la reconstruction du système financier et bancaire, sur les mesures pour stimuler la croissance et le commerce, et je ne serais pas aussi négatif que vous sur ce que nous pouvons obtenir.

– Concernant l’augmentation des ressources du FMI, pouvez-vous nous donner une idée concrète de ce qui se prépare? Quels sont les pays qui sont prêts à mettre de l’argent?

– Nous sommes dans un monde qui change, et il n’est pas surprenant qu’une institution créée en 1945 doive être changée. Il y a un accord international pour que les pays qui ont grandi ces dernières années soient mieux représentés. Je crois que certains pays sont prêts à augmenter leur financement de nos institutions internationales. Il y a un intérêt commun à faire cela. Il faut donc des organisations de Bretton Woods très différentes de celles d’auparavant.

– Pendant dix ans, vous avez soutenu la régulation «light touch» de la City. Vous êtes vous trompé?

– En ce qui concerne la City, nous avons beaucoup appris ces derniers temps. Nous avions essayé de proposer un système basé sur les risques: quand une entreprise présentait un risque, nous avions une régulation dure, mais quand elle était en bonne santé, nous n’avions pas besoin d’être aussi durs. Ce que nous avons appris pendant cette crise est que les banques peuvent avoir des problèmes n’importe où dans le monde. Ce qui se passe dans une banque a un effet sur une autre, qui a un effet sur une troisième. Les banques sont complètement liées les unes aux autres. Il faut que nous incluions cela dans notre système de régulation.

– La crise actuelle est-elle un échec du système anglo-saxon?

– Nous sommes à un moment de profond changement. Nous sommes en train de créer pour la première fois une vraie société mondiale. Depuis deux décennies, il y a eu une croissance incroyable, et le monde est passé d’un à quatre milliards de personnes qui font partie de la société industrielle. De parler de ce sujet de façon statique, de tel système contre tel système, me paraît manquer le principal sujet, qui est que nous faisons face à de nouveaux problèmes. Que ce soit le monde anglo-saxon, asiatique ou européen, nous faisons face à des problèmes internationaux nouveaux qui nécessitent des solutions internationales.

– Accepteriez-vous de donner plus de pouvoirs de supervision à la Banque centrale européenne?

– Il y a eu le rapport de Jacques de Larosière, et nous avons publié le rapport Turner [président de la FSA, le régulateur britannique]. Ce que Larosière recommande est que nous ayons des règles communes à travers l’Europe. Nous sommes d’accord avec cela. Mais pour la supervision individuelle des banques, c’est aux autorités nationales que revient la supervision et je crois que cela doit rester comme cela.

– Les marchés ont une forte attente du G20. Quel est l’accord minimum atteint le 2 avril qui permettra de les rassurer?

– Le vrai test est de montrer que nous pouvons travailler ensemble. L’objectif est que nous soyons capables de nous réunir et de prendre des décisions coordonnées sur l’avenir de notre système financier, la croissance de notre économie et que nous montrions que nous pouvons mettre à jour les institutions financières internationales. Nous allons prouver la valeur des pays qui travaillent ensemble.

– Depuis le G20 de Washington, on entend beaucoup de déclarations contre le protectionnisme, mais cela ne se traduit pas vraiment dans les faits…

– Nous avons un devoir de dire que le protectionnisme ne protège personne à long terme. C’est un chemin vers la ruine, parce que cela fait baisser le commerce mondial, les entreprises reçoivent alors moins de commandes, les emplois baissent et vous vous retrouvez avec un cycle de déclin.

Au G20, nous serons attentifs à avoir en place un mécanisme de surveillance pour s’occuper du protectionnisme quand cela se produit. Nous voulons aussi nous assurer que le commerce international puisse croître, mais actuellement, il est très difficile d’obtenir des crédits à l’exportation. Nous devons nous occuper de ce problème.

– Justement, vous allez rencontrer le président brésilien Lula dans les jours qui viennent. Il espère des propositions concrètes pour aider le crédit à l’exportation. Allez-vous en faire?

– Nous faisons des progrès sur ce point. Je veux parler au président Lula avant de faire des propositions publiques. Mais je crois que le sommet de Londres va pouvoir faire des propositions sur le sujet.

– De quelle manière faut-il encadrer la rémunération des banquiers?

– Nous voulons un accord sur les principes qui définissent les rémunérations. L’objectif est que les risques soient pris en compte dans la rémunération, que les gens soient récompensés pour un dur travail, et non pas pour des excès.

– L’Afrique n’est-elle pas la grande oubliée du G20?

– Nous sommes déterminés à inclure les pays africains dans le G20. Ce n’est pas le moment de réduire notre programme de développement. Il faut continuer la route vers les objectifs du millénaire. J’en parlais au président Obama il y a quelques minutes [cette interview a été réalisée lundi soir]: nous avons une responsabilité vis-à-vis des gens qui ont été poussés vers la pauvreté à cause de cette crise et nous ferons ce que nous pourrons pour aider.

– Etes-vous inquiet des manifestations prévues pour la semaine prochaine?

– La vraie manifestation serait si nous ne travaillions pas ensemble. Même si les gens manifestent contre des sujets particuliers, la plupart des gens veulent une coordination internationale.