Créateur de Couleur 3 en 1982, Jean-François Acker a été nommé lundi directeur des programmes de Radio-France internationale (RFI). Il remplace à ce poste le journaliste polyglotte Alex Taylor. Souvent perçue comme «la voix de la France», RFI tente de casser cette image institutionnelle, notamment depuis l'arrivée à sa tête il y a trois ans de Jean-Paul Cluzel, ancien patron de l'Opéra de Paris. «Nous avons déjà connu une tornade avec Jean-Paul Cluzel, nous n'avons pas peur d'en avoir une deuxième avec Jean-François Acker», explique en riant Christine Berbudeau, directrice de la communication de RFI. En Suisse, Acker a souvent la réputation d'un poil à gratter: «Je n'aime pas cette image, elle est trop superficielle. Je n'ai pas forcément l'idée de tout changer.»

D'origine alsacienne, Jean-François Acker a fait la majeure partie de sa carrière en Suisse romande où le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a laissé personne indifférent. Il débarque à Genève au début des années 70 et entre à la Radio suisse romande. Animateur de Transit, émission de rock à l'esprit anticonformiste, il participe avec Jean Charles à l'expérience Egal 3. En quelques jours, ce programme temporaire trouve tout de suite son public. En 1982, l'expérience s'institutionnalise avec le lancement de Couleur 3.

Diplomatie et résistance

«Le concept général de la Trois, c'était son idée, raconte François Benedetti, qui fut son adjoint durant quatre ans avant de lui succéder. Acker, c'est un créatif mais pas tellement un administrateur. Il a plein d'idées, mais après, il faut les appliquer. Il bouscule les gens et il ne comprend pas quand il y a des résistances.» Et des résistances, il en a connu en prenant, en décembre 1987, la direction du département arts et société à la TSR. Il n'y restera que deux ans. «Il aurait fallu dix ans de slaloms diplomatiques pour parvenir à faire bouger les choses, racontera-t-il plus tard dans une interview à la Tribune de Genève. Je n'avais pas de temps à perdre.» Aujourd'hui il ajoute, en évoquant sa prochaine mission à RFI: «On peut arriver au même résultat en respectant les usages. Par ailleurs, RFI a une culture tout à fait différente de celle de l'audiovisuel public que ce soit en Suisse ou en France.»

Après ce passage à la TSR, Jean-François Acker quitte Genève pour s'occuper des programmes de radios parisiennes, Ouï FM d'abord puis Nova. En 1996, retour en Suisse où il prend la direction de la télévision régionale genevoise Léman Bleu. Mais l'expérience va rapidement capoter: il a plein d'idées, mais pas les moyens financiers pour les réaliser. Il tire donc sa révérence à l'automne 1997 pour aller travailler un moment avec Pipilotti Rist à Expo.01. «Il n'y avait pas de place pour un créatif romand», explique-t-il pour justifier son départ. Acker prendra ses nouvelles fonctions à la tête des programmes de RFI le 15 avril prochain.