L'événement est rare dans ce pays. Le procès des ravisseurs de Stéphane Lagonico recèle tous les ingrédients d'un authentique reality show. Une victime issue de la grande bourgeoisie, jeune avocat roulant en Porsche, un accusé principal qui a gâché sa jeunesse dans les boîtes de nuit lausannoises, fils d'un politicien en vue, deux familles connues qui se fréquentent. C'est Dallas sur Léman. Sauf que ce n'est pas du cinéma. La justice pénale, mieux que toute fiction, est un condensé de la société, avec ses drames et ses secrets de famille: un huis clos des faiblesses humaines. Du pain bénit pour le grand public, distrait un instant de sa lecture de Gala ou Images du monde.

La TSR a donc dépêché ses envoyés spéciaux. David Rihs n'est pas dénué d'atout. Jeune, beau, bien habillé, il ne bafouille pas et son regard ne quitte pas l'objectif de la caméra. Propre en ordre. Mais le jeune journaliste a encore un peu de lait derrière les oreilles. Lisse, trop lisse, il livre un compte rendu impeccable. Mais un procès se met en scène, se raconte avec ses rebondissements et son suspense. D'autant que les caméras ne pénètrent pas dans le prétoire. William Heinzer en vieux briscard connaît mieux les ficelles, mais ce n'est pas encore ça. On rêve ce procès rapporté par les grandes voix de la chronique judiciaire française. C'est un exercice particulier et exigeant. N'est pas Frédéric Potcher qui veut.