argent et politique

Jean-René Fournier: «On m’a demandé une fois de faire quelque chose en échange d’un don»

Avec un budget de campagne de 103 020 francs en 2011, le Valaisan Jean-René Fournier est le candidat le mieux financé de tous ceux qui ont répondu au «Temps». Il explique son rapport à l’argent et à ses donateurs

«Je limite les dons d’entreprises à 5000 francs»

L’ancien conseiller d’Etat valaisan PDC et actuel conseiller aux Etats a révélé au Temps que le montant de sa campagne personnelle 2011 était de 103 020 francs, dont 78 020 francs de dons privés. 70% de ces dons proviennent d’entreprises actives dans trois secteurs: la construction (28%), les professions libérales (30%) et le commerce (17%). Il est le politicien qui dépend le plus de dons privés parmi ceux que nous avons interrogés et qui a répondu avec le plus de transparence aux questions du Temps.

Le Temps: La transparence du financement des campagnes est-elle importante à vos yeux?

Jean-René Fournier: Tout est une question de mesure. Le nom des donateurs (privés ou entreprises) ne doit pas être rendu public sans l’accord des intéressés. Si, d’une manière évidente, le candidat est «sponsorisé» essentiellement par un lobby particulier, ses électeurs ont le droit de connaître cette réalité. Transparence oui, mais respect de la sphère privée lorsque la dispersion de la provenance des dons laisse clairement entendre qu’aucun lobby particulier ne s’impose seul au candidat.

– Quel est le plus gros montant que vous avez reçu au cours de votre carrière politique?

– 10 000 francs de l’Union suisse des arts et métiers (USAM). Les dons des entreprises sont limités à 5000 francs au maximum et ceux des privés à 2500 francs, sauf pour les membres de ma famille. C’est une décision que j’ai prise avec mon comité de campagne pour éviter de laisser croire aux donateurs qu’ils peuvent avoir une quelconque influence sur moi. Le montant maximal des dons que nous acceptons a été calculé pour que même si l’un d’eux renonce à me soutenir pour la campagne suivante, cela ne change rien pour moi. Le montant le plus important que j’aie reçu d’une entreprise était d’ailleurs de 5000 francs en 2011 et venait de mon entreprise familiale.

– Pour quelles raisons l’USAM vous a-t-elle fait ce don de 10 000 francs?

– Comme vice-président de cette structure, j’ai bénéficié de ce montant comme les autres candidats membres du comité directeur [le conseiller national fribourgeois UDC Jean-François Rime, président de l’USAM, n’a pas répondu aux questions du Temps].

– Vous recevez un pourcentage important de votre argent des milieux de la construction. Cela ne crée-t-il pas un lien de dépendance avec ce secteur économique?

– Non. Les entreprises donatrices sont toutes en concurrence les unes avec les autres, je ne peux donc en servir aucune en particulier. Par ailleurs, les intérêts du milieu lui-même coïncident souvent avec l’intérêt public. Il s’agit surtout de simplifier et de raccourcir certaines procédures.

– Recevez-vous de l’argent de la communauté religieuse d’Ecône, que vous fréquentez?

– Non. Peut-être, et je l’espère, quelques dons de fidèles de la communauté. A Ecône, je vais cultiver ma spiritualité et non chercher un appui financier ou des consignes politiques. Cela a toujours été très clair. Mon indépendance est aujourd’hui largement reconnue.

– Et de l’encaveur Dominique Giroud, qui fréquente aussi cette Eglise?

– Non, à ma connaissance pas en 2011. Les années précédentes, c’est possible, mais les montants n’étaient pas assez significatifs pour que je m’en souvienne comme d’un donateur particulièrement régulier ou important.

– Avez-vous déjà refusé un don?

– Oui, à plusieurs reprises. Essentiellement parce que ces dons dépassaient la limite que nous nous étions fixée.

– Vous êtes-vous déjà senti en conflit d’intérêts avec l’un de vos donateurs?

– Chaque donateur est averti que je conserve mon indépendance complète. Je n’ai jamais eu de problème avec aucun de mes donateurs. Quelques rares donateurs (trois sur vingt ans de carrière) m’ont fait savoir qu’ils ne me soutiendraient plus compte tenu de mes positions. Cela fait partie du jeu!

– Vous a-t-on déjà demandé de faire quelque chose un échange d’un don, pendant ou après votre campagne?

– Cela m’est arrivé une fois, en 2005, lors de ma 3e candidature au Conseil d’Etat valaisan. La personne en question a été poliment mais fermement priée de «quitter le loft». Il s’agissait d’accélérer une procédure la concernant.

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