« Si répression il y a, elle sera terrible», nous disait, il y a quelques jours, un des sinologues français les plus en vue, Jean-Luc Domenach, à propos des événements de la place Tiananmen. De fait, les soldats qui se sont concentrés ces dernières heures autour de la place où grondait la révolution étudiante n’ont pas mis de gants. Ils avaient les moyens de leur violence.

Là est la surprise, pour le grand public. Il avait vu ces appelés, à peine armés, se promener en camion autour de Tiananmen, et soudain fraterniser avec les milliers de jeunes hommes et de jeunes femmes, dont ils avaient l’âge, et les aspirations. […]

En réalité, cette troupe bonasse semble avoir caché d’autres enjeux. C’était, face à près d’un million de manifestants – étudiants et travailleurs mélangés, tous citadins – l’hésitation du pouvoir. Car le pouvoir a assurément craint de lancer les forces de l’ordre contre cette foule, non parce qu’il n’aurait pas eu la violence voulue pour la réduire. Mais parce qu’il a mesuré le risque colossal de l’entreprise. Comme le relève Jean-Luc Domenach, la répression de la manif de Tiananmen, en faisant des morts, risquait de faire des martyrs. Et d’enclencher des réactions en chaîne dans le reste du pays. […]

Tout n’était, alors, qu’une question de temps. Et tout vient à point pour qui sait attendre: avec les jours, la belle autodiscipline des manifestants a fait place aux dissensions les plus criantes. Le million de révoltés a fondu à quelques dizaines de milliers d’activistes. «Ils courent au massacre», nous a encore dit […] le même Domenach: «Peu nombreux, ils sont aussi bien moins disciplinés.» Le massacre a donc eu lieu.

Par là, le Parti fait bien entendre que, réforme ou non, il conserve son pouvoir de réversion. Même si le coût du rétablissement de l’ordre est élevé, très élevé. […] »