Six mois après la votation du 24 novembre qui a vu le Jura bernois refuser, à 71,8%, de constituer un nouveau canton avec le Jura, le gouvernement tourne la page de la Question jurassienne. «La reconstitution de l’unité historique du Jura ne constitue actuellement plus un objectif politique à atteindre», écrit-il dans un rapport très dense, précisant que «le résultat du scrutin a profondément modifié le contexte politique dans lequel s’inscrivaient les relations entre le Jura et le Jura bernois». L’exécutif de Delémont lâche une petite phrase ironique: «Le gouvernement, qui ne nourrit aucun sentiment de rancune à l’égard du Jura bernois, lui souhaite plein succès pour son avenir.»

Un avenir qui verra les étroites collaborations interjurassiennes mises en place depuis quinze ans se distendre et, pour certaines, être abrogées. Parce qu’il croyait que le rapprochement passerait par la multiplication des coopérations, le Jura avait institué le «réflexe interjurassien». Or, constate-il, selon la population du Jura bernois qui s’est exprimée le 24 novembre, «il n’existe aucune communauté de destin entre le canton du Jura et le Jura bernois».

Désormais, les relations interjurassiennes se «normaliseront», «elles seront justifiées si elles répondent à un besoin avéré et apportent un bénéfice aux deux partenaires cantonaux».

Activités interjurassiennes à la trappe

Le gouvernement jurassien a ainsi analysé 36 collaborations entre les Juras. «La majorité sera poursuivie», dit-il, mais une dizaine sera rompue. La plus spectaculaire est la décision des ministres jurassiens de ne plus considérer le Conseil du Jura bernois comme un interlocuteur. «Dans le cadre confédéral, le Conseil exécutif bernois est l’interlocuteur du gouvernement jurassien», écrit-il de manière péremptoire. L’antenne interjurassienne de l’égalité entre hommes et femmes, la commission culturelle interjurassienne, les journées interjurassiennes de sport scolaire et le délégué interjurassien à la jeunesse passeront à la trappe. Le Jura n’offrira plus de places de stages professionnels à l’étranger aux jeunes du Jura bernois. Il ne versera plus de subventions à des projets culturels situés dans le Jura bernois.

Toutefois, précise Delémont, «pour de multiples raisons – proximité, intérêts communs –, le canton de Berne restera un partenaire de premier plan du canton du Jura». Les collaborations majeures, dans le domaine de la formation par exemple (HEP, HES), ne sont pas touchées.

Les yeux doux à Moutier

S’il confirme qu’il respectera son engagement à renoncer à la Question jurassienne, le gouvernement jurassien entend aller au bout du processus convenu avec Berne et la Confédération, soit la possibilité, pour les communes du Jura bernois qui le demandent, d’être transférées dans le canton du Jura. Delémont fait les yeux doux à Moutier, seule commune du Jura bernois à avoir voté en faveur d’un nouveau canton le 24 novembre. Moutier a déposé un dossier de transfert, la ville devait pouvoir voter en 2016.

Nombreux sont ceux qui attendent que le Jura déroule le tapis rouge et formule des promesses à l’égard de Moutier. Le gouvernement jurassien dévoile le contenu de sa corbeille. Il précise d’abord que le vote communaliste de Moutier «sera un choix du cœur qui renverra chaque électeur à son identité, sa culture et sa vision de la société». Pas de promesse sonnante et trébuchante, mais Delémont précise que, si elle devient jurassienne, Moutier passera du rang de 20e ville bernoise à celui de deuxième jurassienne. Elle deviendra un «pôle de développement économique prioritaire, une porte d’entrée dans le canton du Jura pour les usagers du train et de l’autoroute, et pourra constituer une agglomération avec Delémont. Moutier renforcera notablement sa position parmi les pôles urbains de Suisse». S’il sera d’abord émotionnel et identitaire, le choix cantonal de Moutier «sera aussi stratégique».

Delémont entend couper l’herbe sous le pied de ceux qui entendent faire du vote d’appartenance cantonale de Moutier un référendum sur le maintien ou non de l’hôpital de la ville. «Il serait peu crédible» de décrire aujourd’hui ce qu’il adviendra dans vingt ans, coupe l’exécutif jurassien, notant au passage qu’«il est objectivement malaisé de décrire les prestations que le canton de Berne ou le site hospitalier de Moutier assureront dans un tel horizon temporel».