«Il est crucial, je crois, de comprendre les personnages que vous avez à jouer. En même temps, vous ne devez pas forcément les aimer, ni même sympathiser avec eux. Même si, concernant «The Reader» par exemple, il y a eu des moments où j’ai aimé Hanna Schmitz, où j’ai même sympathisé avec cette ancienne gardienne de camp nazi illettrée.

Au départ, je ne sais jamais vraiment par où commencer. Pour trouver mes repères, je revisite donc le texte: le scénario ou le livre dont il est tiré. Je lis beaucoup de romans et, par hasard, j’avais lu «The Reader», six ans plus tôt, sans savoir que j’aurais à l’interpréter un jour. Il m’avait transportée et bouleversée. Je me suis donc employée à l’absorber et, quand un livre est aussi fort que celui de Bernhard Schlink, c’est un vrai cadeau de se l’approprier.

Dans un deuxième temps, je cherche à approfondir ma connaissance du contexte. Pour «The Reader», il s’agissait de la Deuxième Guerre mondiale et surtout de l’Allemagne dans l’immédiate après-guerre. Je me suis concentrée sur ce que je connaissais le moins: le rôle exact des gardes SS, et des femmes gardiennes de camp. Comme souvent à mesure que j’étudie, je me suis sentie gênée d’en avoir su si peu préalablement. Là, j’ai même trouvé ma méconnaissance terrifiante. A l’école, on apprend les bases historiques de cette guerre et c’est, à mon avis, trop peu.

Les personnages ouvrent toujours beaucoup de domaines de travail que j’explore plus ou moins profondément, jusqu’à trouver celui qui me permettra de les comprendre. Dans le cas d’Hanna Schmitz, ce fut l’illettrisme. J’ai passé énormément de temps avec un groupe d’illettrés pour saisir le degré de honte avec lequel ils vivent quotidiennement. C’est durant cette étape que je parviens à m’éloigner du réflexe de facilité qui pourrait me pousser à humaniser mon personnage de manière trop simpliste.

A un certain point de mes recherches, devant l’ampleur des informations que j’ai pu emmagasiner, je me sens prête à me lancer. Il faut sentir ce moment, parce que continuer à absorber et à entrer dans les détails peut s’avérer destructeur et totalement ­contre-productif pour le rôle et le film.

La plupart du temps, et ce fut particulièrement vrai pour «The Reader», la préparation et l’évolution du personnage ne sont pas arrêtées au premier jour du tournage. Je continue à chercher des nuances sur le plateau, jour après jour, pour ne pas céder à la facilité.»