«Bandit épicurien» d’une drôle d’espèce – selon l’expression polie du site Staragora – le fondateur de Megaupload.com, arrêté en Nouvelle-Zélande à la demande du FBI américain qui l’accuse de piratage massif, devrait être fixé mercredi sur sa demande de libération sous caution. Le non moins massif Kim Schmitz, alias Kim Dotcom, un Germano-Finnois interpellé vendredi avec trois autres responsables du site, nie les accusations de la justice américaine, selon laquelle sa plateforme de téléchargement direct sur Internet était bâtie sur la violation du droit d’auteur.

Voilà pour les faits du jour. Mais il faut maintenant savoir que «cet Allemand de 38 ans à la carrure imposante (150 kg pour près de 2 m)» décrit par Le Nouvel Observateur est un «homme au passé trouble et aux identités multiples». Il se définit lui-même comme un homme «pas foncièrement mauvais» qui n’accuse que «quelques erreurs de jeunesse» après qu’il a été accusé d’avoir touché 42 millions de dollars. Mais aujourd’hui, plus que les démêlés judiciaires de ce curieux bonhomme, les médias néo-zélandais détaillent son train de vie aux antipodes. Ils s’interrogent notamment sur les conditions de son installation en Nouvelle-Zélande, et comme souvent en de tels cas, c’est Courrier international qui nous aide à y voir plus clair.

Alors qui est donc vraiment Kim Schmitz, alias Kim Dotcom, alias Kimble, alias Kim Tim Jim Vestor, alias King Kim, alias etc. etc.? «Un gourou d’Internet qui se prend pour Dieu», ose 3.news, le site d’information de la chaîne néo-zélandaise TV3. «Fêtes, femmes, yachts, Ferrari et hélicoptères…»: Dotcom menait sans complexes un «train de vie somptueux» en Océanie, comme le montre le portrait édifiant brossé dans la vidéo de BFMTV qui énumère les exploits d’un type qui apparaît presque toujours borderline.

On ne compte plus les révélations qu’on dira «insolites» – pour rester dans un prudent euphémisme – et les condamnations dont se font notamment écho le site MeltyBuzz et le journal Libération, qui parle de «frime multinationale» à propos des frasques du flamboyant personnage, né en 1974 à Kiel. Lorsqu’il fonde Young Intelligent Hackers Against Terror après le 11-Septembre, il prétend collaborer avec le FBI et offre 10 millions de dollars de récompense à quiconque fournira des informations sur Ben Laden. Il annonce son suicide sur Internet avant de se faire la malle en Thaïlande, où il est rattrapé par la justice en 2002.»

Et le traducteur de Courrier int’ de préciser que «le magnat allemand venait juste de rénover à grands frais une propriété de 24 hectares à Coatesville, à 30 kilomètres au nord d’Auckland, rapporte le New Zealand Herald qui nous en fait la visite guidée: une piscine remplie d’eau de source «importée», des souterrains secrets, quinze Mercedes-Benz, une Cadillac rose de 1959 et une Rolls-Royce Phantom dans un garage au plancher de verre.»

«Les légendes peuvent dormir, mais elles ne meurent jamais. Merci pour votre soutien», voilà la première bouteille à la mer lancée sur la page Facebook de Kim Dotcom quelques heures seulement après son arrestation, explique Europe 1. Une «légende»? C’est presque un euphémisme dans la bouche de celui n’avait pas hésité à écrire «Dieu» sur la plaque d’immatriculation d’une de ses (nombreuses) voitures», selon le Brisbane Times. Le site de la radio populaire française explique que si l’on a «fait la connaissance de Kim Dotcom au détour d’un reportage à la télé», on garde en effet «peut-être en tête l’image d’un solide gaillard tout de noir vêtu dans le box des accusés et… de sa Cadillac rose saisie par la police néo-zélandaise.» C’est un «pirate et nabab» pour Le Point, «l’homme qui pesait 150 millions d’utilisateurs» pour Le Parisien.

«Dimanche, plein de mansuétude, Kim Dotcom a adressé via Facebook un petit message de remerciement à ses fans: «Merci pour votre soutien @ tous». Puis, après avoir soufflé ses 38 bougies, il a glissé, goguenard: «mon anniversaire était ’ok’ ;-)». Mais il n’en demeure pas moins que «la police néo-zélandaise certifie que Kim Dotcom, sous bonne garde, ne peut pas avoir écrit lui-même de tels messages. Un ami, un associé, un complice pourrait en être le véritable auteur. Sur Facebook, Kim Dotcom «aime» déjà trois groupes qui exigent sa libération. Mais ils peinent à regrouper 1500 «fans». La route pourrait être longue avant que Kim Dotcom ne retrouve un clavier d’ordinateur.»

Mais sera-t-il extradé de son petit paradis océanique? «La justice néo-zélandaise ne s’est pas encore prononcée et hésite également à le libérer de prison sous caution. Selon Stuff.com, «de multiples passeports sous trois noms différents, Schmitz, Dotcom et Vestor», ainsi que vingt-cinq cartes de crédit «sous une variété de noms» font craindre au tribunal un «risque de fuite» de ce personnage très «bling-bling» pour l’Agence France-Presse, qui a notamment mis en lien une vidéo valant le détour: un film germanophone d’une trentaine de minutes, débutant sur le générique de la série américaine Dynasty et dédié à tous ses fans, résumé avec ces quelques mots clés: «Voitures rapides, filles chaudes, superyachts et fêtes incroyables! La décadence règne.» On croit rêver…

Bref, «si le mauvais goût était un délit», résument Les Echos, l’arrestation de Kim Dotcom «serait déjà amplement justifiée». Pour le protéger de lui-même, d’abord, puisqu’il semble être victime de graves addictions aux jeux vidéo violents, selon le site spécialisé Gizmodo. Ce qui en fait au bout du compte – davantage, paradoxalement, que la fripouille qu’on a pu imaginer ces derniers jours – un personnage frappé de toutes sortes de maladies générées par le système dans lequel il s’est imprudemment immergé.