Nucléaire iranien

L’accord concrétise la vision d’Obama

En 2009, le président des Etats-Unis annonçait déjà sa volonté de dialogue avec l’Iran. L’accord de Vienne constitue pour lui une victoire diplomatique sans précédent

L’accord concrétise la vision d’Obama

Barack Obama l’avait dit à son secrétaire d’Etat John Kerry. Peu importe le dépassement des délais, l’essentiel est de conclure un accord solide. De la Maison-Blanche, il a suivi pas à pas la délégation américaine à Vienne: vidéoconférence sécurisée, téléphones. Selon un haut responsable du Département d’Etat, «le président était au courant de tous les détails des pourparlers, de la stratégie suivie».

Après dix-sept jours de négociations harassantes, Barack Obama a pu savourer le moment. L’accord de Vienne constitue pour lui une victoire diplomatique sans précédent. C’est un pari au même titre que l’ouverture vers la Chine opérée par le président Richard Nixon en 1972. Mais c’est aussi le fruit d’une vision. Pour le Bureau ovale, résoudre la crise du nucléaire iranien par la diplomatie permet d’éviter une nouvelle guerre après celles, dévastatrices, d’Afghanistan et d’Irak. Une coopération avec Téhéran pourrait aussi potentiellement changer la dynamique du chaos au Moyen-Orient. Aux yeux du président américain, les sanctions qu’il a exhortées à mettre en place en coopération avec les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Union européenne, ont contraint l’Iran à négocier sur une base sérieuse.

En pleine campagne électorale en 2007 et 2008, Barack Obama avait déjà annoncé sa volonté de parler aux ennemis de l’Amérique. Lors de son discours d’investiture en janvier 2009, il s’était dit prêt à «tendre la main» à Téhéran pour autant que le régime iranien se montre disposé à «desserrer le poing». Il sera vite taxé de naïveté avant tout par les républicains, mais aussi par quelques démocrates. Mais ses efforts vont prendre les Iraniens par surprise. Sa politique iranienne s’enlisera. Entre-temps, des scientifiques nucléaires iraniens sont éliminés et un virus informatique sans doute de ­création américano-israélienne, Stuxnet, détruit une partie du matériel nucléaire de la République islamique.

En 2012, le président des Etats-Unis doit recourir à sa force de persuasion pour convaincre le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, de renoncer à intervenir militairement pour anéantir les installations nucléaires de l’Iran.

Puis des premiers contacts sont pris avec les Iraniens. En 2013, le secrétaire d’Etat adjoint de l’époque, William Burns, négocie secrètement à Oman avec des adjoints du ministre iranien des Affaires étrangères à peine en place, Mohammad Javad Zarif. A New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, les présidents iranien et américain Rohani et Obama se parlent au téléphone. Une première depuis la Révolution islamique de 1979. Un accord intérimaire est conclu entre Téhéran et les six puissances négociatrices (Etats-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France et Allemagne) en novembre 2013 à Genève. Mais trente-cinq ans de rupture diplomatique entre Washington et Téhéran ont compliqué les pourparlers. La confiance peine à s’instaurer. Ce printemps à Lausanne, toutefois, John Kerry a remis l’ouvrage sur le métier et arrache un accord-cadre avec Téhéran. Mais tout reste à faire. Entre Genève et Vienne, le secrétaire d’Etat, qui se déplace depuis avec des béquilles à la suite d’un accident de vélo dans la région genevoise, a passé plus de temps à discuter avec son homologue iranien qu’avec n’importe quel autre diplomate. L’engagement de l’administration Obama est tel qu’elle est accusée de trop en faire. Elle est soupçonnée de vouloir conclure un accord à tout prix. Or, de fait, elle a obtenu davantage à Vienne que ce qui figure dans l’accord-cadre de Lausanne.

Dans le processus, une famille a joué un rôle de médiateur important: les Rockefeller. Œuvre philanthropique, le Rockefeller Brothers Fund, doté de 870 millions de dollars, a investi dès 2003 plusieurs millions pour inciter à conclure un accord sur le nucléaire iranien en créant Iran Project, une organisation basée à New York, selon le Bloomberg Business Week. Durant plus d’une décennie, d’anciens diplomates réunis au sein de l’Iran Project ont mené un dialogue secret avec des Iraniens bien placés dans le régime. L’un d’eux n’était autre que Mohammad Javad Zarif, qui était ambassadeur à l’époque de la République islamique auprès des Nations unies à New York. Quand ce dernier est devenu ministre des Affaires étrangères avec l’élection du président Hassan Rohani, en 2013, la prise de contact avait déjà été faite.

John Kerry a discuté avec son homologue iranien plus qu’avec n’importe quel autre diplomate

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