Le Temps: Barack Obama a rappelé dans son discours que la sécurité des Etats-Unis se jouait, depuis 2001, en Afghanistan. Est-ce toujours aussi vrai?

Joseph Henrotin: Dans l’optique américaine, le credo n’a pas changé. La perception des attentats du 11 septembre 2001 est toujours vivace, donc la motivation à aller en Afghanistan reste importante. Il s’agit de finir le travail, d’empêcher l’existence d’un simulacre d’Etat offrant un sanctuaire à ceux qui veulent attenter à la sécurité américaine. Cette préoccupation concerne l’ensemble des pays démocratiques. Tout Etat creux est un risque en soi, on l’a vu avec la Somalie.

– La solution au chaos afghan passe-t-elle uniquement par l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires?

Ces 30 000 soldats n’ont aucune signification si la stratégie mise en œuvre n’est pas la bonne. Ils ne sont qu’une infime partie de la solution. Les Etats-Unis, ainsi, doivent se préoccuper de la situation au Pakistan et là-dessus Barack Obama n’a pas été clair du tout. Ils doivent également veiller à la consolidation de l’armée afghane, affectée par plus de 30% de désertions. Les dernières directives du général Stanley McChrystal me semblent cependant aller dans le bon sens, puisqu’elles couplent les opérations de pacification avec celles de combat. C’est un bon moyen de gagner la confiance des populations. Les troupes, en outre, devraient passer plus de temps hors de leurs casernes et les frappes aériennes diminuer. L’aspect important sur lequel McChrystal n’a en revanche aucune emprise est la légitimité de l’Etat afghan. Il est impossible de demander aux soldats locaux de se battre, voir de mourir, si le sentiment patriotique n’existe pas.

– L’un des objectifs de la Maison- Blanche est en effet le renforcement des capacités de défense afghanes en vue d’un futur retrait. Est-ce réaliste?

– L’option la moins chère est de convaincre ces hommes de se battre pour leur drapeau mais cela paraît difficile, dans la mesure où il n’y a pas de tradition étatique en Afghanistan. L’administration actuelle, en outre, est peu légitime et corrompue. L’option la plus chère consiste à attirer les troupes par le salaire, or les talibans paient souvent mieux.

– Barack Obama espère éradiquer Al-Qaida et les talibans. Lutte-t-on de la même manière contre ces deux groupes?

– Al-Qaida ne se bat pas mais est susceptible de commettre de nouveaux attentats. Il s’agit donc de mener un travail policier, d’enquête, afin de localiser ses membres et de prévenir leurs actions. Pour ce qui est des talibans, les Américains doivent lutter contre une guérilla qui monte des embuscades.

– Qu’en est-il du Pakistan?

Il y a de nombreuses collaborations à renforcer: échange de renseignements, surveillance conjointe des frontières… Le Pakistan est incontournable dans la résolution du conflit afghan et Barack Obama a certainement des contacts officieux en vue d’une stratégie globale.

– Barack Obama réfute la comparaison avec le Vietnam. Mais peut-on dresser un parallèle avec la situation en Irak?

– La situation n’a en effet rien à voir avec le Vietnam, à commencer par la perception américaine du conflit. Personne n’a manifesté à Washington contre la guerre en Afghanistan. Quant à l’Irak, c’est un pays très urbanisé alors que l’Afghanistan ne l’est pas du tout. Les terrains politiques, sociaux et idéologiques de ces Etats n’ont rien à voir. Leur seul point commun est la nécessaire opération de contre-insurrection.

– Sur quels renforts le président américain peut-il compter?

– Tout le monde est très frileux; Sarkozy a dit non, la Grande-Bretagne n’a consenti a envoyer que 500 hommes de plus. Je doute que Barack Obama obtienne les 10 000 soldats qu’il souhaite.