PRESSE

L'agence de photo lausannoise ASL met ses activités en veilleuse

Actualités Suisses Lausanne, fondée en 1954, supprimera son service aux abonnés cet automne. Le marché ne permet plus à cette agence de survivre. Reste un impressionnant fonds d'archives à gérer

Une page se tourne dans l'histoire de la photographie de presse en Suisse romande. L'agence lausannoise ASL (Actualités Suisses Lausanne) va cesser la majeure partie de ses activités cet automne. «Nous supprimons le service d'actualité quotidien aux abonnés au 31 octobre. Il n'est plus rentable», confirme Roland Schlaefli, patron de l'agence. Deux collaborateurs ont reçu leur congé. L'un d'eux a déjà retrouvé un emploi chez Keystone à Genève. L'autre touchera son salaire jusqu'à la fin de l'année.

Roland Schlaefli, 71 ans, qui a fondé son entreprise en 1954, ne semble pas trop affligé par la mise en veilleuse des activités de son entreprise. Elle devenait en effet inéluctable. Les grands quotidiens disposent aujourd'hui de leurs propres équipes de photographe. Quant aux journaux locaux, ils ne permettent plus à une petite entreprise indépendante de vivre dans de bonnes conditions. En outre, le marché est occupé par des agences aux moyens et aux rayons d'action plus étendus.

ASL ne met cependant pas totalement la clé sous la porte. Roland Schlaefli entend bien continuer d'effectuer des reportages sur commande et s'occupera de gérer son fonds d'archives. Outre les documents accumulés depuis quarante-cinq ans, le patron d'ASL a racheté en 1973 le fonds de Joseph Hayot, fondateur de Presse Diffusion, une agence qui a été active de 1937 à 1965. Il dispose ainsi d'une collection impressionnante de clichés du milieu du siècle, en particulier de la Seconde Guerre mondiale. «Au total, 1 million de négatifs couleur et 5 à 10 millions en noir-blanc.» Roland Schlaefli confirme qu'il est à la recherche d'un repreneur pour ce patrimoine, des contacts qui n'ont pour l'heure pas abouti. «J'aimerais intéresser les archives fédérales ou des collectivités publiques, mais elles ont de moins en moins de moyens à disposition.»

Parmi les photographes de presse en Suisse romande, Roland Schlaefli est respecté. C'est que la plupart d'entre-eux ont travaillé sous ses ordres. «A une époque, c'était presque un passage obligé, confie l'un d'eux. Un bon moyen de se faire les dents sur les bons et les mauvais côtés du métier, quand il fallait couvrir une dizaine de sujets par week-end.» ASL était notamment réputée pour sa couverture des manifestations sportives. La perte progressive d'influence de l'agence s'explique, de l'avis général, par une conversion tardive à l'informatique et un style d'images plus pointu recherché par les journaux.

Homme de terrain, Roland Schlaefli avait commencé son activité journalistique par l'écriture, en collaborant avec la Nouvelle Revue de Lausanne et la Tribune de Lausanne dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est parce qu'une revue pour laquelle il collaborait exigeait texte et photos qu'il a bifurqué vers l'image. Près d'un demi-siècle plus tard, Roland Schlaefli ne compte évidemment plus le nombre de personnalités photographiées. En 1994, il avait confié l'un de ses plus mauvais souvenirs au quotidien 24 heures. Voulant tirer le portrait de l'ex-président zaïrois Mobutu qui sortait du cabinet d'un ophtalmologue à Lausanne, il s'était fait tabasser par les gardes du corps du dictateur. La plainte s'est conclue par une amende que Mobutu a été contraint de payer.

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