A la télévision, la pornographie se limite aux diffusions ultratardives et aux chaînes câblées. On pensait Internet exempt de telles dispositions. Jusqu'à aujourd'hui. Depuis le début du mois, l'Allemagne planche sur une nouvelle loi qui n'autoriserait l'accès aux sites pornographiques qu'entre 23 heures et 6 heures du matin. C'est dans le cadre d'un projet d'extension de la loi sur la protection de la jeunesse que la chancellerie fédérale allemande et les représentants des Länder se sont en effet mis d'accord pour étendre à Internet une législation déjà en vigueur pour la télévision. C'est le Financial Times Deutschland qui, ayant obtenu le texte, a révélé l'affaire et a déploré qu'en Allemagne, la tradition liée à la protection de la jeunesse soit «digne d'un couvent.»

Si l'affaire fait du bruit outre-Rhin, les mesures semblent difficiles à appliquer. La seule solution envisagée pour l'instant par l'Etat est celle de la diffusion d'un système de contrôle parental. Sans garantie officielle. «Du point de vue technique, le contrôle devrait être réalisé par les fournisseurs d'accès, explique un porte-parole de l'Ofcom, à Bienne. Ceux-ci devraient alors connaître les adresses de tous les sites concernés. Vous imaginez l'ampleur du travail. Il faudrait aller vérifier jusqu'aux Bahamas, où s'effectuent la majorité des tarifications.»

La Suisse pourrait-elle envisager des mesures similaires? «Je ne vois pas comment on pourrait introduire de telles règles sur les bases légales déjà existantes, dit-on au sein de l'Ofcom. En Suisse, le Conseil fédéral ne serait pas à même d'édicter une telle loi qui implique un point de vue formel juridique. Ce serait plutôt du ressort du Parlement national.» En Suisse, on préfère miser sur l'autoréglementation. «La loi sur la radio et la télévision donne des normes générales liées aux bonnes mœurs, affirme Dominique Diserens de la SSR, à Berne. La responsabilité des chaînes s'est accrue, mais cela reste au niveau de l'avertissement (carré bleu ou rouge, ndlr). En revanche dans le cadre de la révision de la loi sur la protection des mineurs, l'Union européenne discute en ce moment à Bruxelles de l'introduction de systèmes techniques en relation avec la télévision et les nouveaux médias.»

Etant donné les réactions, le projet allemand semble voué au statu quo. Et à la dérision. Der Spiegel répondait ainsi dans une lettre ouverte qu'«il est toujours 23 heures quelque part et qu'Internet est un médium désagréablement mondial.»