Anne et son mari vivent comme suspendus au-dessus du vide depuis un an, le jour où est arrivé ce courrier de Credit Suisse. En leur demandant de clore leur modeste compte laissé au pays, la banque les contraignait à un douloureux rattrapage fiscal aux Etats-Unis. Aucune autre banque ne voulait d’eux à Zurich ou à Genève, «à moins d’avoir un million».

Plus encore que «cette grosse somme d’argent perdue» qui leur «reste en travers de la gorge», le couple craint que les autorités américaines ne rechignent à renouveler leur carte verte, qui expire en 2012. «J’espère que les choses seront réglées d’ici là, car il n’est plus question pour nous de rentrer un jour en Suisse», confie Anne dans un e-mail au Temps.

Comme elle, des milliers de contribuables américains attendent la décision des autorités submergées par les dénonciations ­volontaires. Pour la seule ville de Houston et ses 5 millions d’habitants, le bureau local de l’IRS aurait plus de 1000 dossiers sur les bras et a déjà renoncé à passer des entretiens avec toutes les personnes concernées.

Le professeur D., en poste depuis bientôt dix ans au MIT de Boston, a reçu quant à lui la confirmation du Département fédéral des finances, fin novembre, que UBS n’avait pas porté ses deux comptes sur la liste à transmettre aux Etats-Unis, ce dont la banque l’avait expressément menacé par une lettre recommandée envoyée le printemps dernier à son domicile aux Etats-Unis. L’expatrié est amer: «Ce cas démontre clairement que la politique d’UBS a été de menacer largement ses clients, américains ou suisses, y compris pour des comptes qui ne remplissaient de toute évidence pas les critères prévus dans les accords, dans la seule fin de gonfler le nombre de dénonciations volontaires.»

Avec le soutien des autorités suisses, qui ont négocié une clause prévoyant l’impunité d’UBS si la barre des 10 000 dénonciations était dépassée, «UBS a clairement fait passer ses propres intérêts avant ceux de ses clients, surtout les relativement petits, dont elle n’a guère à craindre d’action judiciaire en retour. Cette politique n’est pas le fait de l’ancienne direction, dénonce-t-il, mais bien de la nouvelle équipe dirigée par Oswald Grübel et Kaspar Villiger. A mon sens, cette banque ne rétablira pas de sitôt la confiance. Elle ne mérite pas de survivre sous cette forme.»