L’application FireChat déjoue la censure en permettant de chatter sans utiliser Internet

Communication A Hongkong, le service de messagerie sur smartphone est prisé des manifestants

Les appareils se connectent entre eux, sans réseau central

L’application était déjà apparue sur les radars des technophiles depuis plusieurs mois. Mais c’est depuis une dizaine de jours et l’éclatement des troubles à Hongkong que FireChat a acquis une notoriété mondiale. L’application pour smartphone, prisée par les manifestants, permet de communiquer sans la moindre connexion à Internet. Ce sont les téléphones eux-mêmes qui créent le signal commun et servent de relais aux messages. Encore très basique, l’application pourrait amorcer la création de nouveaux mini-réseaux internet parallèles et indépendants de la Toile globale. Car, à Hongkong, les manifestants craignent qu’Internet soit filtré ou coupé par les autorités. Ou que les réseaux soient techniquement saturés par une utilisation intensive.

FireChat est développé par une petite société basée à San Francisco, Open Garden. La start-up d’une dizaine de personnes compte à sa tête des spécialistes des réseaux, ayant notamment travaillé pour Skype et BitTorrent. FireChat est pour l’heure la seule application lancée par Open Garden et est disponible sur iOS (iPhone) et Android, mais ni pour les téléphones Windows, ni sur BlackBerry. Gratuit, le programme nécessite au début de s’enregistrer, ce qui peut se faire de manière anonyme. Il suffit de donner une adresse e-mail, un pseudo et un mot de passe. Nul besoin de livrer, comme c’est par exemple le cas pour WhatsApp ou Viber, son numéro de téléphone mobile.

Ensuite, FireChat suggère de soit créer son groupe de discussion, soit d’en rejoindre d’autres, déjà constitués par d’autres utilisateurs. Parmi ceux-ci, l’on trouve par exemple «hkg revolution», «Bordeaux», «Norway», «ETH Zürich» ou encore «*****Women’s?». Il y a de tout, donc, chacun étant libre de créer autant de groupes qu’il veut et de rejoindre ceux qu’il souhaite. Au sein de ces groupes, l’on peut communiquer via message texte ou en envoyant des photos. Un clic sur le pseudo d’un participant permet de voir sur une seule page tous les messages qu’il a écrits. Par contre, il est impossible d’envoyer un message privé à ce membre, ni bien sûr de connaître son identité. C’est donc très basique.

Venons-en maintenant à l’aspect de la connexion. FireChat nécessite une liaison à Internet pour télécharger l’application. Ensuite, celle-ci peut être utilisée sans être du tout en ligne. Comment? FireChat exploite les deux systèmes de communication sans fil de chaque smartphone, Bluetooth (portée d’une dizaine de mètres) et Wi-Fi (environ 70 mètres). Via ces deux systèmes, le téléphone est directement en liaison avec les autres appareils qui se trouvent à proximité, sans utiliser Internet. Chaque appareil peut ainsi communiquer directement avec un autre, mais sert en plus de relais pour créer une sorte de réseau parallèle.

Ce système de communication sans Internet ne fonctionne bien sûr que si l’on a à proximité de soi d’autres utilisateurs de FireChat. C’est ainsi le cas à Hongkong. Mais en Suisse, difficile, voire impossible, de trouver des correspondants dans les alentours – FireChat s’utilise alors via une connexion classique à Internet pour interagir au sein des groupes.

Contactée la semaine passée, l’équipe d’Open Garden a donné quelques chiffres sur l’utilisation de FireChat. A Hongkong, en trois jours, l’application a été téléchargée 30 000 fois, est devenue numéro un des magasins en ligne d’Apple et de Google et a vu entre 12 000 et 20 000 personnes être connectées en simultané. La durée moyenne d’une session est de 3 minutes 29 secondes. Micha Benoliel, d’Open Garden, donne d’autres exemples d’utilisation que Hongkong: «Un festival tel BurningMan au Nevada cet été, des concerts, des conférences, dans l’avion, le métro…» Et de poursuivre: «FireChat convient particulièrement aux personnes qui partagent un objectif et veulent l’atteindre de manière collective.»

On l’a vu, les paramètres de l’application sont des plus basiques. «Aujourd’hui, toutes les conversations sont publiques. Quelques utilisateurs demandent un système de messagerie privée mais nous travaillons maintenant sur des fonctionnalités plus urgentes, comme la possibilité d’avoir un compte vérifié, que nous venons de lancer. Nous sommes une start-up, nous écoutons les demandes de nos utilisateurs et mettons à jour notre application avec les fonctions les plus demandées», poursuit Micha Benoliel.

Encore à ses débuts, FireChat est déjà utilisé de manière importante en Iran, en Irak ou encore en Egypte, affirme Open Garden. Des pays où les autorités exercent un contrôle sur Internet, et où le réseau n’est de toute façon pas toujours stable. FireChat préfigure ainsi peut-être de nouvelles façons de communiquer à l’avenir. Sans forcément toujours utiliser un Internet central et en permettant aux utilisateurs d’être eux-mêmes des acteurs à part entière de mini-réseaux parallèles. Des systèmes qui pourraient aussi être employés de manière importante dans des régions reculées ne disposant pas d’accès à Internet.

FireChat est déjà utilisé de manière importante en Iran, en Irak ou encore en Egypte, affirme Open Garden