Chocs de têtes, mêlées confuses et répétées, regroupements, on fonce, on s'arrête, on extirpe le ballon qui fait vingt mètres, et on recommence… De temps en temps, un coup de pied par-dessus la défense ressemble à une passe de football américain. C'est Irlande-France, samedi après-midi, à Dublin. On s'ennuie ferme devant la télé quand Brian O'Driscoll perce la ligne défensive des Français, mystifie un adversaire par un cadrage-débordement (la figure qui fait de ce sport l'un des plus beaux du monde, à condition qu'il y en ait plus d'un par match), et fonce comme une fusée. Un arrière français arrive, tente de rejoindre la fusée, rate son plaquage, et O'Driscoll aplatit le ballon derrière la ligne. Essai ou pas essai? O'Driscoll est-il passé en touche? A-t-il amené le ballon jusqu'au sol (si ce n'est pas le cas, l'essai est refusé)? L'arbitre hésite, et dessine un large rectangle avec ses deux mains, un rectangle en forme d'écran: appel à la vidéo. Un arbitre va regarder les ralentis dans une cabine et prendre sa décision. Pendant qu'il consulte, on consulte. On voit les ralentis sous tous les angles, les mêmes que l'arbitre, et on rend soi-même son verdict: l'essai est valable. L'arbitre-vidéo travaille plus lentement, il analyse, il pèse, il cogite. Pendant ce temps, les écrans géants du stade diffusent aussi les ralentis. Le public a pris sa décision: l'essai est valable (il est vrai qu'on est à Dublin et qu'O'Driscoll est Irlandais). Enfin, l'arbitre accorde l'essai. Comme nous, comme le public… L'arbitrage vidéo, c'est formidable. L'arbitre ne règne plus sur le terrain, c'est un homme faillible, un spectateur un peu plus proche du jeu que ne le sont les spectateurs, un spectateur expert somme toute, le dépositaire d'une loi si fragile qu'elle ne se donne même plus le droit à l'erreur.