Gouverner c'est aussi «faire croire», selon l'expression de Daniel Bougnoux, philosophe et rédacteur en chef des Cahiers de médiologie, qui s'interroge sur la marge de manœuvre de politiciens «médias-dépendants», car ils ne disposent finalement pas d'autre scène que la scène médiatique pour défendre leur action.

A vrai dire, la séance consacrée à ce couple, antagoniste et complémentaire, de la démocratie apparaît bien consensuelle, comparée à la vivacité des débats qui ont traversé la corporation journaleuse durant l'année: on peut par exemple déplorer l'absence des trublions notoires de la profession. Ainsi, tout en reconnaissant que la tendance à l'infotainment (information/entertainment) ne laisse pas d'être inquiétante, les trois journalistes, Jean-Pierre Elkabbach, Ivan Levaï, présidents des chaînes de télévision parlementaires, et Patrick Jarreau du Monde, jouent trop naturellement le rôle d'avocats des médias: «Le kiosque à journaux de la Maison France est d'«une très grande richesse», résume Levaï.

Mais ce sont les philosophes qui parlent des sujets qui fâchent. Ainsi, pointant, derrière la diversité médiatique, une tendance à l'uniformité idéologique – les journalistes aiment le PACS pas le pape –, Finkielkraut se demande si «la vie ne va pas devenir un incroyable pique-nique». Quant à Sylviane Agacinski, madame Jospin dans le civil, elle épingle la commode distinction qu'aime à faire Le Monde entre «l'information qui dérange et la communication qui arrange». «Cette répartition des rôles, dit-elle en substance, laisse supposer que les médias seraient du côté de la vérité tandis que les politiques feraient de la communication ou du marketing. Or, les médias communiquent aussi, via la publicité mais aussi à travers le choix et le traitement de l'information, souvent poussée vers le sensationnel.»

Les médias sont aussi des entreprises commerciales: ça va mieux en le disant.

E. L.